France

La présidentielle française à l’épreuve du terrorisme

Le démantèlement d’une nouvelle filière à Montpellier attise l’inquiétude des policiers français à trois mois du premier tour

C’est le scénario de tous les dangers. «Qu’un attentat terroriste islamique de grande ampleur se déroule en France dans les trois mois à venir et tout peut basculer. Le scrutin, mais aussi les rapports entre les différentes communautés, surtout dans les banlieues actuellement sous tension», expliquait récemment à France Info le spécialiste des réseaux djihadistes Jean Charles Brisard. Un signal d’alarme tiré à la suite de deux informations pas si éloignées que cela malgré la distance géographique: le démantèlement, vendredi 10 février, d’une cellule terroriste composée de trois personnes dans les environs de Montpellier (Hérault), et l’annonce presque simultanée de la mort probable en Irak de Rachid Kassim, l’un des principaux combattants français de Daech.

Ce dernier aurait été tué par une frappe américaine dans les parages de la ville assiégée de Mossoul. Il avait été en relation avec le meurtrier de deux policiers en juin 2016, avec les deux jeunes auteurs de l’attentat meurtrier de l’église Saint Etienne du Rouvray, le 26 juillet 2016, et avec les jeunes femmes suspectées d’avoir voulu faire exploser une voiture piégée près de la cathédrale Notre-Dame de Paris en septembre 2016. Rachid Kassim, né à Roanne en 1987, ferait aussi partie des personnes citées comme «modèles» par celui que les enquêteurs considèrent comme le meneur du trio montpelliérain: un certain Malik Hammami, âgé de 33 ans. Placé sur écoute par la direction nationale anti-terroriste où lui et ses complices ont été transférés ce week-end, ce trentenaire avait embrigadé un jeune couple de 20 et 16 ans, Thomas et Sarah, allant jusqu’à leur fournir des recettes pour fabriquer des explosifs.

Engagement militaire contre Daech

L’hypothèse d’une possible frappe terroriste sur la France durant les prochaines semaines est prise d’autant plus au sérieux que l’armée française est engagée dans les deux offensives actuelles contre les sanctuaires de Daech, Mossoul (Irak) et Raqqa (Syrie). En plus de l’appui aérien apporté aux forces irakiennes et kurdes par les avions de chasse français, des forces spéciales sont présentes sur le terrain, notamment pour tenter d’éliminer les combattants francophones de la nébuleuse terroriste islamique.

Jusque-là, huit djihadistes français sont tombés sous les tirs ciblés de la coalition. Deux des responsables de brigades francophones les plus recherchés actuellement sont Fabien Clain, l’un des principaux propagandistes de Daech, et Omar Diaby, bien connu pour ses opérations de recrutement via internet et les médias sociaux. Il était un temps donné pour mort. D’autres volontaires français ont été tués lors des combats ou des bombardements tel Quentin, le jeune fils de Véronique Roy-Burin, auteure du livre «Quentin, qu’ont-ils fait de toi?» (Ed. Robert Laffont), que le Temps avait plusieurs fois rencontrée.

Police au coeur de la campagne

L’état d’urgence, décrété par François Hollande dans la nuit des attentats commis à Paris le 13 novembre 2015 (130 morts, 413 blessés), est toujours en vigueur en France. Il donne aux forces de sécurité des moyens étendus d’interpellation, d’écoute et de perquisitions, mais il n’a pas empêché plusieurs autres attentats revendiqués par Daech de survenir depuis lors, dont celui de Nice le 14 juillet 2016 (86 morts). Le soutien aux forces de l’ordre est aux coeur des programmes de tous les candidats à la présidentielle, même si l’actualité récente en banlieue parisienne, avec l’interpellation très violente d’un jeune homme à Aulnay-sous- Bois, a montré que les risques de bavure demeurent importants. La plus engagée dans la défense des policiers est, sans surprise, la présidente du Front National Marine Le Pen, seule candidate à ne pas avoir condamné le décret anti-immigration du président Américain Donald Trump.

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