Primaire

Présidentielle française: un futur duel François Fillon – Manuel Valls devient possible

François Fillon part ce soir ultra-favori pour le second tour de de la primaire de la droite française, dont la participation sera en hausse par rapport à dimanche dernier. De son côté, l'actuel chef du gouvernement accroît encore le suspense en annonçant qu'il se «prépare» pour la présidentielle

Ceux qui doutaient encore de l’accélération fatale du calendrier électoral français par la primaire de la droite en sont pour leurs frais. Tout confirme, en effet, que le second tour du scrutin organisé ce dimanche par le camp conservateur pour désigner son candidat à l’Elysée marque le début de la course à la présidentielle de mai 2017. Le vainqueur de ce dimanche se retrouvera de suite dans la course à l'Elysée pour laquelle le premier ministre Manuel Valls a dit «se préparer» dans le Journal du dimanche. Ceci, alors que François Hollande est pressé de toute part de se déclarer ou non. 

Alors que les deux finalistes de droite, l’inattendu favori François Fillon (44,1% des voix au premier tour) et son poursuivant Alain Juppé (28,5%), se disputent la victoire de la primaire organisée par le parti Les Républicains, une série d’annonces démontre que dans quelques jours, la ligne de départ pour la présidence devrait être connue. Avec, à gauche, l’hypothèse de plus en plus crédible d’une candidature du premier ministre Manuel Valls face à François Hollande dans le cadre de la future primaire de la gauche organisée les 20 et 27 janvier. Ce qui serait une première institutionnelle et l’ultime preuve de l’affaissement complet de l’autorité du président sortant.

Le duel de ce soir

A droite, le paysage sera donc clarifié ce soir à 20 heures, avec l’annonce des résultats de la primaire. Sauf énorme surprise, l’avantage va à François Fillon, ancien premier ministre du quinquennat précédent. L’actuel député de Paris a réussi, sur un programme de droite affirmé – favorable à la «désétatisation» et à la «débureaucratisation» de la France, comme il l’a lui-même annoncé lors du débat télévisé de jeudi dernier –, à réunir sur son nom les voix des électeurs les plus conservateurs et celles des anti-Sarkozy. En fin d'après-midi, la participation était en hausse de 4,5% par rapport à dimanche passé.

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Résultat: l’élimination de l’ancien chef de l’Etat à l’issue d’une forte mobilisation au premier tour de ce scrutin inédit à droite (plus de 4 millions d’électeurs) et un score très supérieur à celui du favori des sondages Alain Juppé, victime de la volte-face des votants. Il faudrait, pour que Juppé l’emporte, que les partisans de son adversaire restent à la maison ce dimanche et que de nombreux nouveaux électeurs se rendent aux urnes. Une équation difficile à imaginer, après la très bonne prestation de François Fillon lors de leur duel TV, suivi par 8 millions de téléspectateurs.

La primaire de droite est le «chamboule-tout» de la République

Un autre résultat est toutefois acquis: cette primaire de la droite fonctionne comme le «chamboule-tout» de la République. Car elle a imposé son rythme, son calendrier, et distribué les rôles. Dès lors que le vainqueur de ce dimanche partira en pole position pour la présidentielle, avec un statut de favori pour se qualifier le 7 mai 2017 contre Marine Le Pen – la présidente du Front national est donnée finaliste par les sondages –, la course à l’Elysée devient pour tous les autres candidats une compétition semée d’embûches.

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En fait, la campagne pour avril 2017 commence ce soir

Pour faire simple: la campagne pour le premier tour de la présidentielle, le 23 avril 2017, commence ce soir. A preuve: l’on s’attend cette semaine, en cas de victoire de François Fillon, à l’annonce de la candidature centriste du vétéran François Bayrou, soutien d’Alain Juppé. On a appris samedi la candidature de la présidente du Parti radical de gauche, Sylvia Pinel, sans aucune chance mais révélatrice du climat délétère qui règne dans le camp gouvernemental. Et tout démontre que le choc à venir très rapidement sera celui qui pourrait opposer François Hollande à son premier ministre Manuel Valls, que 65% des sondés disent préférer au président.

Manuel Valls a redit aujourd’hui au «Journal du Dimanche» qu’il se «préparait». François Hollande, depuis le Sommet de la francophonie à Madagascar, a de nouveau prôné le «rassemblement» et a promis d’annoncer ses intentions avant le 10 décembre. Leur confrontation aurait pour cadre la future primaire du PS. Voir un chef de l’Etat et un chef de gouvernement s’affronter serait néanmoins plus qu’une première: une preuve redoutable de la désunion au sommet de l’Etat. Un scénario impensable selon de nombreux experts des institutions de la Ve République, instituée en 1958 par le général de Gaulle pour mettre justement le locataire de l’Elysée «au-dessus des partis».

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Autre annonce majeure de ce week-end pour la ligne de départ présidentielle qui obligera chacun à obtenir les 500 signatures d’élus indispensables pour se présenter: le ralliement des militants communistes à la candidature déjà déclarée du porte-parole de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon. Les cadres du PC, très affaibli électoralement, n’en voulaient pas. Mais la base s’est rebellée.

Une scène politique comme un champ de tir

La scène politique française, à l’issue de cette primaire de la droite, ressemble par conséquent plus que jamais à un champ de tir. Les centristes, courtisés par les conservateurs et indispensables pour une victoire au second tour, vont se retrouver tiraillés entre Fillon, sans doute Bayrou, et le candidat déclaré et plus à gauche Emmanuel Macron. Les socialistes sont peut-être en train de retomber dans leurs luttes fratricides entre Hollande, Valls, Montebourg et quelques autres, avec en ligne de mire une primaire mortelle.

Jean-Luc Mélenchon va, lui, tout faire pour incarner la gauche d’ici là. Reste une candidate incontournable, autour de laquelle tout va sans doute s’articuler: Marine Le Pen. Déjà lancée sur le terrain, calée dans son rejet du «système», dopée par la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis et prête à attaquer son adversaire de droite sur son programme économique trop libéral et défavorable aux classes populaires, la présidente du FN a en effet tout intérêt à ce que ses adversaires sombrent dans la foire d’empoigne.

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