Afrique

Présidentielle malienne, l’échec populaire

Au Mali, le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, apparaît favori avant le second tour du scrutin présidentiel de ce dimanche. Sur fond d’abstention massive, preuve du cruel désintérêt de la population

C’est le chiffre que le vainqueur de l’élection présidentielle malienne, dont le second tour aura lieu le 12 août, porte avec lui comme un boulet. Au premier tour, 42,7% des électeurs seulement se sont déplacés. Ils pourraient être encore moins nombreux ce dimanche, pour départager les deux finalistes: le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, arrivé en tête avec un peu plus de 40% des suffrages, et son habituel opposant, Soumaïla Cissé, qu’il avait déjà battu en 2013.

Problème: ni l’un ni l’autre n’ont réussi à rallier sur leurs noms les autres candidats, dont le prospère homme d’affaires Allou Diallo, surprise du premier tour avec 7,95% des voix. Aucun des deux candidats ne semble par ailleurs capable de restaurer la confiance dans un pays toujours miné au nord par le djihadisme, alimenté par le sentiment d’abandon de provinces entières démunies de services publics.

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Cet échec populaire serait, s’il se confirme dimanche, une très mauvaise nouvelle pour ce pays d’Afrique que la présence militaire française – via l’opération Barkhane et ses 4000 soldats déployés dans le Sahel pour faire face à la menace djihadiste – tient toujours à bout de bras. A l’exception de la percée d’Allou Diallo, aucun signe de renouvellement tangible de la classe politique ne s’est manifesté. Les jeunes Maliens ont massivement boudé les urnes. Autre risque: celui d’une contestation des résultats par le perdant, après la dénonciation de nombreuses irrégularités au premier tour, que la Cour constitutionnelle a refusé d’avaliser. Une vingtaine de recours ont été déposés pour «bourrages d’urnes, violation de la loi électorale, irrégularités, recomptage frauduleux des voix et enlèvement illégal de certaines urnes».

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Malgré les distances géographiques, ce scrutin présidentiel malien pourrait être influencé par le vent du changement en provenance de l’immense République démocratique du Congo. Mercredi, le président congolais Joseph Kabila a finalement accepté, sous la pression internationale, de ne pas se représenter le 23 décembre pour un troisième mandat, prohibé par la Constitution. Son dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary, portera les couleurs du parti au pouvoir face aux deux opposants majeurs, Félix Tshisekedi et Jean-Pierre Bemba, récemment libéré par la Cour pénale internationale.

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La stabilité politique du Mali et surtout sa remise sur les rails économiques sont essentielles à la stabilité de la région où le déploiement de l’opération multinationale G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) contient à grand-peine l’infiltration des groupes terroristes, nourrie notamment par la rancœur des populations nomades touaregs. La question des flux migratoires se joue aussi beaucoup au Mali, pays de transit dont les jeunes ressortissants continuent de fuir en masse vers l’Europe.

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