Gambie

Des présidents africains n'ont pas réussi à convaincre Yahya Jammeh à renoncer au pouvoir en Gambie

En parallèle du déplacement des quatre chefs d’Etat, le parti du président gambien Yahya Jammeh a demandé mardi à la Cour suprême d'annuler l'élection 

Le parti du président gambien a demandé mardi à la Cour suprême d'annuler l'élection perdue par Yahya Jammeh, au moment même où ses pairs d'Afrique de l'Ouest tentaient, en vain pour le moment, de le convaincre de céder le pouvoir.

Après une journée de discussions, la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, qui conduisait la délégation de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), a reconnu qu'aucun accord n'avait encore été obtenu sur le départ de Yahya Jammeh, gouvernant le pays d'une main de fer depuis 22 ans.

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«Nous ne sommes pas venus pour un accord, nous venons aider les Gambiens à organiser la transition. Ce n'est pas quelque chose qui peut aboutir en un seul jour, il faut y travailler», a déclaré Ellen Johnson Sirleaf, affirmant que la mission allait rendre compte de ses discussions lors du sommet de la Cédéao samedi à Abuja.

Preuve de l'autorité que détient toujours Yahya Jammeh, la police a fermé les locaux de la Commission électorale indépendante (IEC) avant l'arrivée de la délégation, a indiqué Alieu Momar Njie, président de l'IEC, qui a déclaré l'opposant Adama Barrow vainqueur du scrutin présidentiel du 1er décembre.

Un blocage entre le gouvernement et le président élu

La communauté internationale a insisté sur les enjeux de la mission de cette délégation, qualifiée de «dernière chance» par la diplomatie sénégalaise, après la déclaration télévisée de Yahya Jammeh, le 9 décembre, revenant sur la reconnaissance de sa défaite et réclamant un nouveau vote.

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La délégation conduite par Ellen Johnson Sirleaf comprenait ses homologues nigérian Muhammadu Buhari, ghanéen John Dramani Mahama et sierra-léonais Ernest Bai Koroma. Le représentant spécial de l'ONU en Afrique de l'Ouest, Mohamed Ibn Chambas, participait également à la mission. La délégation a été reçue pendant plus d'une heure dans l'après-midi par Yahya Jammeh et a ensuite rencontré Adama Barrow.

«Il y a un blocage entre le gouvernement et nous», a dit le président élu, contestant à Yahya Jammeh le droit de demander l'annulation du scrutin par la Cour suprême.

Selon des documents dont l'AFP a obtenu copie, le parti au pouvoir invoque, à l'appui de sa demande d'annulation des résultats accordant la victoire à Adama Barrow par quelque 19 000 voix d'écart, des irrégularités dans la comptabilisation par l'IEC et des «intimidations» envers ses électeurs dans une région.

Auparavant, l'opposition avait indiqué craindre que ce recours ne soit un moyen pour Yahya Jammeh de se maintenir en place au-delà de la fin de son mandat, prévue en janvier. «Il a perdu l'élection, nous ne voulons pas perdre de temps», avait déclaré lundi Adama Barrow à l'AFP.

Sommé de quitter le pouvoir, sous peine de décisions draconiennes

De plus, la Cour suprême n'étant plus au complet, désigner de nouveaux juges entraînerait inévitablement des délais supplémentaires, selon l'opposition, qui dénie de toute façon ce pouvoir au président sortant. Faute de juges pour siéger à la Cour suprême depuis mai 2015, «il n'existe en Gambie aucun mécanisme légal légitime pour statuer sur le recours électoral du président sortant», a estimé lundi l'Ordre des avocats, appelant Yahya Jammeh à «céder immédiatement le pouvoir».

L'opposition a sommé lundi Yahya Jammeh à quitter le pouvoir en renonçant à contester les résultats de l'élection, enhardie par les pressions internationales, notamment l'annonce de la venue des chefs d'Etat de la Cédéao.

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Samantha Power, a estimé lundi qu'il s'agissait d'un «moment très dangereux» pour ce petit pays de moins de deux millions d'habitants, en raison notamment du soutien dont jouit encore dans l'armée le président sortant.

En cas d'échec de cette «diplomatie préventive», la Cédéao «envisagera des décisions plus draconiennes», a déclaré le président de la Commission de l'organisation régionale, Marcel Alain de Souza, à la radio française RFI, sans écarter l'option militaire.

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