Energique, convaincu voire même nationaliste. Devant les deux Chambres réunies du Congrès, le président américain Barack Obama a tenu un sixième discours sur l’état de l’Union emmené, truffé d’exemples personnels montrant la résilience de l’Amérique, sa capacité à se recréer et à surmonter les difficultés.

Deux thèmes ont particulièrement retenu l’attention: l’économie et la politique étrangère. Malgré des sondages qui le rendent actuellement le président le plus impopulaire lors de son second mandat au même titre que George W. Bush en 2006 (43% d’avis favorables), Barack Obama a fait montre d’un pouvoir de persuasion qui lui a parfois manqué quand il s’est par exemple agi, ces trois dernières années, de «vendre» sa réforme de la santé, l’Affordable Care Act.

Le président américain a tenu une allocution qui trahit une vision affirmée des défis que son pays doit relever. Il a su tirer à son profit l’embellie économique des Etats-Unis en insistant sur la nécessité de favoriser la création d’entreprises, de faire revenir en Amérique les emplois qui ont été délocalisés à l’étranger. Il est vrai que depuis qu’il est à la Maison-Blanche, huit millions d’emplois ont été créés, permettant de retrouver un taux de chômage inférieur à celui de l’immédiate avant-crise.

Barack Obama appelle à réduire la fiscalité de ces entreprises qui reviennent, un peu comme l’enfant prodigue, au pays pour bénéficier notamment des coûts très bas de l’énergie (gaz). «Et, a-t-il déclaré, pour la première fois en plus d’une décennie, les leaders économiques du monde entier estiment que la Chine n’est plus le pays numéro un pour investir. L’Amérique l’est.» Il exhorte le secteur privé à produire de nouveaux produits «Made in America» exportables aux quatre coins de la planète. Il insiste pour réduire la bureaucratie par décret présidentiel si nécessaire et investir massivement dans les infrastructures de demain en créant au passage de nombreux emplois dans la construction.

L’économie américaine, ajoute-t-il, peut tirer d’énormes bénéfices en ouvrant de nouveaux marchés, en investissant davantage dans la zone Asie-Pacifique pour laquelle il a imaginé la stratégie dite du pivot. «Nous savons que le pays qui mise pleinement sur l’innovation aujourd’hui sera celui qui dominera l’économie globale demain. C’est un avantage que l’Amérique ne peut pas laisser à d’autres», a-t-il asséné. A ses yeux, il est temps de libérer la recherche des contraintes budgétaires et politiques qui l’ont handicapée jusqu’ici.

Le ton de Barack Obama est presque nationaliste au point de brouiller les pistes. Car s’il a continué à promouvoir un agenda de président de centre gauche, il l’a vendu comme un programme de centre droit. Les inégalités ont été au cœur de son discours et il a promis d’agir par décrets présidentiels si le Congrès n’est pas prêt à coopérer pour augmenter le salaire minimum des employés contractuels de l’Etat fédéral, mais aussi pour aider les familles qui peinent à joindre les deux bouts malgré des emplois à plein temps.

Barack Obama, qui a besoin que les démocrates conservent la majorité du Sénat lors des élections de mi-mandat de novembre, n’a pas manqué de critiquer les errements du Congrès qui s’est montré incapable d’éviter une fermeture partielle du gouvernement en octobre 2013. Mais il l’a souligné: si les Etats-Unis veulent être sérieux en matière de croissance économique, le Congrès et la Maison-Blanche se doivent d’adopter une réforme de l’immigration pour réparer un système «cassé». A long terme, investir dans l’éducation est aussi, pour le président américain, un enjeu primordial pour que l’Amérique reste compétitive. Cela nécessite d’investir dans l’éducation de la petite enfance et d’améliorer l’accès aux formations universitaires.

En matière de politique étrangère, Barack Obama a demandé de rester vigilant par rapport aux menaces auxquelles est confrontée l’Amérique, mais il s’est félicité de la fin prochaine de la plus longue guerre que les Etats-Unis aient menée, celle d’Afghanistan. «Nous devons sortir d’un état de guerre permanent», a-t-il martelé. Cela n’empêche pas l’utilisation, mieux encadrée, de drones. Ni les activités de renseignement et de surveillance qui doivent être réformées et respecter la sphère privée des citoyens ordinaires. Car ce n’est qu’avec la confiance des citoyens que de telles activités seront efficaces.

Tranchant avec son prédécesseur George W. Bush, Barack Obama a mis un fort accent sur la diplomatie qui a déjà permis aux Etats-Unis de réduire les risques de déflagration nucléaire dans le monde, qui permet en ce moment d’éliminer les armes chimiques en possession du régime de Bachar el-Assad. Elle a surtout permis pour la première fois en une décennie de stopper le développement du programme nucléaire iranien. Mais le président n’est pas naïf: «Les négociations (avec l’Iran) sont difficiles et peuvent échouer». Mais il importe, estime-t-il, de donner une chance à la paix. «Si John F. Kennedy et Ronald Reagan ont réussi à négocier avec l’Union soviétique, les Etats-Unis doivent pouvoir négocier avec un pays moins puissant» comme l’Iran. Il a haussé le ton en mentionnant la menace que fait peser le Sénat sur les négociations: une soixantaine de sénateurs sont prêts à durcir les sanctions contre l’Iran au risque de faire capoter le dialogue nouveau avec Téhéran. «J’opposerai mon veto» à une telle loi.

Le sixième discours sur l’état de l’Union de Barack Obama a donné une idée relativement précise de sa vision du rôle que l’Amérique doit jouer à l’avenir dans le monde. S’il est accusé aujourd’hui de désengager les Etats-Unis du Moyen-Orient et du monde, le président américain rétorque qu’il entend projeter la puissance américaine de façon différente: par l’économie, l’innovation et la recherche et non plus par l’usage de la force comme affirmation principale de puissance. Le message est clair, mais il n’est pas facile à faire passer.