La presse étrangère subissait mercredi les conséquences de la crise politique au Venezuela: deux journalistes français étaient en détention depuis 24 heures et deux de leurs confrères chiliens ont été expulsés après avoir été détenus plusieurs heures.

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Pierre Caillé et Baptiste des Monstiers, reporters de l’émission du journaliste et animateur Yann Barthès sur la chaîne française TMC (Télé Monte-Carlo), filmaient le palais présidentiel mardi soir quand ils ont été interpellés, ont indiqué des sources diplomatiques à l’AFP. Les journalistes français ont été arrêtés avec «leur producteur dans le pays, Rolando Rodriguez», a précisé le Syndicat national des travailleurs de la presse (SNTP). «Depuis, le contact a été perdu avec eux», a ajouté le SNTP, principal syndicat de journalistes au Venezuela.

Deux journalistes chiliens ont été expulsés du pays

«Deux journalistes de notre équipe ont été arrêtés hier au Venezuela. Ils étaient sur place pour couvrir la crise politique. À l’heure actuelle, il est difficile d’en dire plus au risque d’aggraver leur situation. On pense à eux», ont tweeté des responsables de l’émission.

La directrice du bureau de l'agence de presse espagnole EFE à Caracas, Nélida Fernández, a annoncé mercredi soir à l'AFP que deux de ses collègues avaient été arrêtés: une vidéaste colombienne, Mauren Barriga, et un journaliste espagnol Gonzalo Domínguez.

Un photographe colombien de l'agence espagnole Efe, Leonardo Muñoz, a été également arrêté mercredi alors qu'il s'apprêtait à couvrir les manifestations de l'opposition à Caracas.

Par ailleurs, deux journalistes chiliens, également arrêtés mardi soir près du palais présidentiel, ont été expulsés mercredi soir, a annoncé le syndicat. Rodrigo Pérez et Gonzalo Barahona travaillent tous les deux pour la chaîne de télévision chilienne TVN.

Ils avaient été arrêtés mardi soir par des membres de la sécurité présidentielle avec deux journalistes vénézuéliens. Ces derniers, Mayker Yriarte et Ana Rodriguez, de la chaîne de télévision numérique VPI, avaient été relâchés dans la matinée.

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Selon Mayker Yriarte, les autorités ont accusé les journalistes d’être entrés dans «une zone de sécurité» interdite d’accès.

De nombreux reporters ont été arrêtés ces dernières années

«C’est ce que font les dictatures: piétiner la liberté de la presse, bâillonner la liberté avec la violence. Je remercie seulement que nos compatriotes chiliens rentrent sains et saufs», a déclaré sur Twitter le ministre chilien des Affaires étrangères, Roberto Ampuero, dénonçant «14h de détention injustifiables».

Plus tôt, le président chilien Sebastián Piñera avait exigé la «libération immédiate» de ses deux compatriotes. De nombreux reporters étrangers ont été arrêtés ou expulsés ces dernières années au Venezuela, faute de visa de journaliste.

Sans mentionner explicitement les arrestations de ces jours-ci, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Jorge Arreaza a dénoncé sur Twitter que des journalistes étrangers soient entrés dans le pays «sans réaliser auparavant la demande de permis de travail auprès de nos consulats».

Il a appelé les médias et agences internationales à «réaliser les démarches indispensables» pour «éviter des inconvénients».

Nouvelles manifestations annoncées

Mardi, Reporters sans frontières (RSF) avait dénoncé «les violences des forces de l’ordre à l’encontre des journalistes» vénézuéliens et internationaux couvrant les mouvements de protestation qui secouent le pays depuis le 21 janvier.

Ces manifestations ont fait au moins 40 morts et 850 personnes ont été arrêtées, selon l’ONU.

RSF a demandé au gouvernement le «respect de la liberté d’information» et dénoncé les confiscations de matériel (caméras, téléphones portables...) ainsi que la censure sur les radios et télévisons locales.

Les arrestations des quatre journalistes internationaux sont intervenues peu avant une nouvelle manifestation à l’appel de l’opposition, qui exige la mise en place d’un gouvernement de transition et l’organisation d’élections générales libres.

«Ils ne pourront pas empêcher que le monde sache ce qui se passe au Venezuela», a réagi sur Twitter l’opposant Juan Guaido, le président autoproclamé qui a pris la tête de la mobilisation, en référence au gouvernement du président socialiste Nicolas Maduro.

«Bientôt une pleine et entière liberté d’expression et d’information règnera au Venezuela. Nous y travaillons sans relâche», a ajouté le chef du Parlement, reconnu comme président par intérim par les Etats-Unis et plusieurs pays d’Amérique latine.