Deux journalistes occidentaux ont quitté précipitamment Téhéran dans la nuit de vendredi à samedi. «Nous avons été menacés de poursuites juridiques et d'emprisonnement», a déclaré l'un d'eux à Londres. D'autres sources parlent d'une expulsion. Jonathan Lyons, chef du bureau de l'agence britannique Reuters et sa femme Geneive Abdo, correspondante du Guardian et de l'International Herald Tribune, tous deux de nationalité américaine, étaient depuis plusieurs mois dans le collimateur des autorités pour des articles controversés. Le dernier en date, une interview du journaliste Akbar Gandji récemment condamné à dix ans de prison, a fait scandale: le couple avait fait parvenir ses questions au bouillant réformateur via la famille d'un codétenu. Gandji s'est plaint ensuite d'avoir été mal cité lorsqu'il a exprimé l'idée que l'establishment conservateur pourrait déclencher de violentes réactions populaires s'il continuait de bloquer systématiquement les réformes.

«Nous avons appris que Gandji et sa famille allaient porter plainte contre Jonathan Lyons et son épouse […] nous avons demandé à cette agence de prendre ses responsabilités», a déclaré hier un responsable du Ministère de la culture et de la Guidance islamique, précisant que le couple «se verrait désormais refuser tout visa d'entrée en Iran, compte tenu des fautes qu'il a commises».

Reuters, déjà expulsé au début des années 80, a été autorisé à revenir en 1998 et a investi d'importants moyens pour couvrir les développements en cours en Iran. L'AFP, qui a consacré hier plus d'une dizaine de dépêches aux tourments de son infortuné concurrent britannique, reste à cinq mois des élections présidentielles la seule agence occidentale sur place, en compagnie d'une poignée de journaux occidentaux, dont Le Temps.