A l'initiative de Libération, de Reporters sans frontières et d'autres organisations de presse, une soixantaine de rédacteurs en chef d'Europe se sont retrouvés mardi au Parlement européen à Bruxelles où ils ont été accueillis par son président Josep Borrell. Réclamant «la libération immédiate» de Florence Aubenas et de Hussein Hanoun, ils ont lancé un appel en ce sens au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement. Béatrice Delvaux, la rédactrice en chef du quotidien belge Le Soir, représentait également Le Temps à cette manifestation. Elle rappelle aussi le cas de Fred Nérac, journaliste français en poste à Bruxelles, disparu en Irak il y a deux ans.

Le Temps: Que représente pour vous ce moment de mobilisation?

Béatrice Delvaux: C'est important. D'abord, parce qu'il y a une véritable envie de solidarité. On se sent la plupart du temps impuissant, et c'est la moindre des choses de marquer un temps d'arrêt pour penser à eux. Nous sommes heureux que cette occasion nous soit offerte. Si cela m'arrivait, à moi ou à un journaliste du Soir, je voudrais aussi ne pas être seule, savoir que d'autres se mobilisent. Ce qui nous touche, en particulier, c'est aussi le fait que Florence Aubenas soit en partie Belge. Elle est allée à l'école à Ixelles (un quartier de Bruxelles) et sa mère vit toujours ici. Elle est professeure à l'Insas et c'est une femme qui a été active dans des revues féministes. Tout cela fait de Florence Aubenas quelqu'un de proche de nous.

– Est-ce qu'en tant que journaliste et femme, le cas de Florence Aubenas vous touche particulièrement?

– Je ne vois pas les choses à travers le prisme du sexe, j'y pense plutôt en tant que journaliste. Néanmoins, sans doute l'image d'une femme souffrant, telle qu'on a pu voir Florence Aubenas, a quelque chose de plus fort et de plus violent. Même si, comme le dit sa mère, on lui a fait une sorte de maquillage du malheur.

– Comment la rédaction du Soir gère-t-elle la menace qui plane sur les journalistes en Irak?

– Nous étions le seul média belge à avoir un journaliste à Bagdad pendant la guerre, et nous n'avons pas décidé de ne pas y retourner. Pour les élections [du 30 janvier], nous avons moins raisonné en termes de sécurité qu'en termes de plus-value journalistique et renoncé à un envoyé spécial qui n'aurait pas vraiment pu se déplacer. Nous avons une pigiste sur place, Anne-Sophie Le Mauff, et nous participons à sa sécurité en finançant son assistant local. Il est précieux pour nous d'avoir ce compagnonnage rédactionnel avec Le Temps. Nous ne sommes pas seuls pour évaluer la situation, nous pouvons nous poser les questions à deux rédactions.