«Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle.» La phrase, prononcée par François Hollande, a résonné jeudi soir comme un coup de tonnerre. Le président français a annoncé, au terme d’une allocution solennelle d’une dizaine de minutes, qu’il n’est pas candidat à sa propre succession.

Une décision inédite saluée par la presse française. «Rares sont les hommes politiques suffisamment lucides pour s’écarter volontairement du pouvoir au nom d’un intérêt plus grand, d’une solidarité nécessaire, d’une idée», souligne le directeur de «Libération» Laurent Joffrin dans un éditorial intitulé «Elégance».

«Lucidité»

De l’élégance et du «courage», estime «La Croix». Pour le quotidien français, «en agissant ainsi, François Hollande rehausse la dignité de l’action publique» et «cela inspire le respect». Le journal «Le Monde» salue quant à lui la capacité du président à prendre acte de son impopularité record. Sa décision? «Une forme de lucidité, parce que le chef de l’Etat montre au moment où on ne l’attendait plus qu’il entend ce que le pays dit de lui.»

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Lucidité, le mot est repris en chœur par les éditorialistes. «François Hollande a fait preuve de lucidité, d’un courage. Le renoncement dans la dignité», écrit Michel Urvoy, dans «Ouest-France». Pour Jean-Claude Souléry, de la «Dépêche du Midi», la décision «témoigne d’une lucidité, rare par les temps qui courent».

«Un quinquennat nul et non avenu»

Une décision certes lucide mais forcée notamment par l’impopularité du chef de l’Etat qui allait «au-devant d’une humiliation électorale», souligne également la presse française. Le taux de popularité du président a récemment chuté à 4%. Une décision enfin qui pour les éditorialistes «rebat les cartes», à gauche à moins de deux mois de la primaire. «Un triste épilogue d’un quinquennat nul et non avenu. Une fois encore, il ne décide rien: il s’incline. Il quitte la scène», s’indigne pour sa part, Alexis Brézet dans «Le Figaro».

Après le renoncement de François Hollande, les regards se tournent vers la primaire de la gauche. Car «les cartes sont désormais rebattues», annonce Daniel Muraz, du «Courrier Picard». «Le bal des prétendants est ouvert», ironise de son côté Jean-François Laville, de «l’Est Eclair». Plus sérieusement, Michel Urvoy assure que «cette décision va avoir un impact considérable» à gauche.

«Manuel Valls a gagné»

Pour Nicolas Chapuis, dans «Le Monde», ce choix: «ouvre une grande période d’incertitude à gauche, où le premier ministre Manuel Valls est pressenti pour prendre la relève». Le premier ministre «a gagné. Il a forcé François Hollande à admettre qu’une nouvelle candidature serait contraire à l’intérêt de la gauche», analyse Cécile Cornudet, des «Echos». Et dès lors, Manuel Valls endosse «aujourd’hui le costume du candidat de recours», pour Hervé Favre, de «La Voix du Nord».

«François Hollande se sacrifie pour sauver la gauche. Saura-t-elle relever le défi de cet héritage? Pas certain quand on recense tous les amateurs déjà alignés sur la grille de départ», écrit en guise de conclusion Alain Dusart, de «l’Est Républicain». Pour la presse étrangère, la défaite de la gauche en 2017 est actée. La «Süddeutsche Zeitung» estime que le deuxième tour de la présidentielle se jouera entre le candidat conservateur François Fillon et la présidente du Front national Marine Le Pen. La gauche française s’apprête à «une véritable débâcle», conclut le quotidien allemand.