Critiques unanimes mais ciblées en Suisse

«Le voile et la fausse pudeur» dans son éditorial, la Tribune de Genève n’y va pas par quatre chemins pour critiquer l’attitude de Micheline Calmy-Rey, qualifiée d’«inconséquente»: «Après d’interminables atermoiements publics, la ministre des Affaires étrangères a décidé de ne pas se rendre à Genève, de peur, dit-elle, «de participer à un dérapage généralisé». «Elle n’avait pas cette pudeur l’an passé au moment de se rendre, voilée, dans l’antre du diable, pour y signer un contrat gazier en faveur de l’entreprise suisse EGL. La cohérence lui imposait dès lors d’être présente hier à Genève. Et de quitter la salle après les propos scandaleux de Mahmoud Ahmadinejad pour les condamner ouvertement. La Suisse aurait ainsi pu suivre la fin de cette Conférence sur le racisme la tête haute. Sans voile ni fausse pudeur

Même ton sévère dans le Tagesanzeiger qui titre son éditorial «Naïf et prétentieux» pour évoquer «la diplomatie suisse (qui) n’a rien appris» depuis le voyage de la ministre à Téhéran. «La Suisse est à nouveau tombée dans le piège iranien… Elle voulait rendre de bons services – au lieu de quoi, elle s’est fourvoyée, comme s’est fourvoyé aussi le dialogue entre l’Iran et l’Occident, endommagé plus qu’il n’aurait fallu» Le Tagesanzeiger rappelle aussi que le président Merz n’avait aucune obligation à rencontrer son homologue iranien dimanche.

La Neue Zürcher Zeitung revient plus particulièrement sur la rencontre controversée, dimanche soir, entre Hans-Rudolf Merz et Mahmoud Ahmadinejad, pour défendre le président suisse – «Il a quelque arguments pour lui… Une conférence comme celle de Genève ne peut pas être uniquement une réunion des «gentils»… Le racisme se prête bien à l’instrumentalisation… Ce dialogue «supérieur au minimum diplomatique»… pourrait aussi jouer un rôle positif.»

Le Blick enfin titre sur la «Honte pour la Suisse» en parlant de l’intervention du président iranien à la tribune hier: « Condamnations partout dans le monde occidental – seule la Suisse se tait». Le journal note que «le représentant suisse Dante Martinelli ne s’est pas levé quand le «discours de haine» a commencé – ainsi qu’il aurait dû».

La presse française redoute les conséquences pour l’ONU

La presse française revient moins bien sûr sur l’attitude des autorités suisses que sur celle du président iranien et de la communauté internationale. «Durban II, comme Durban I, apparaît comme une caricature de diplomatie onusienne. Offrant une tribune et des applaudissements à un Président adepte de la lapidation, homophobe et antisémite», déplore Libération dans son éditorial.

L’Humanité titre sur la «prise d’otages à Genève» et se demande si «la présence à Durban de tous les pays membres de l’ONU, représentés par leurs plus hauts dirigeants, aurait cautionné les propos du dirigeant iranien ou les aurait isolés».

«L’Iran sabote la conférence mondiale sur le racisme» titre de son côté Le Figaro qui regrette la «perte de crédibilité pour l’ONU. Les pays occidentaux risquent de se lasser de payer pour un cénacle où ils sont régulièrement insultés»

Dans la presse britannique, le rôle de Ban Ki-moon

Au Royaume-Uni, la conférence de Genève est aussi à la une de la presse, avec une tonalité généralement proche du «On vous l’avait bien dit». Le Guardian note «encore un désordre créé par le président iranien… Les délégués auraient dû rester et défendre leurs arguments plutôt que de quitter la salle. Le boycott des Etats-Unis, du Canada et des autres ne fait qu’offrir une victoire sur un plateau à ceux qui veulent détourner la conférence au profit de leurs petits intérêts politiques personnels».

Le Times évoque une «farce» tandis qu’un expert dans ses colonnes indique «qu’à présent, tous les ingrédients sont en place pour une dangereuse escalade».

Enfin, dans son blog, un des rédacteurs en chef du Financial Times note que le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon entre tous est à blâmer: «Il aurait dû se retirer de cette conférence qui de toute évidence tournait à la farce… Grossière erreur… Cette conférence de Genève va donner des arguments à tous ceux qui n’aiment pas l’ONU aux Etats-Unis, alors que l’administration Obama est clairement désireuse de renouer de vrais liens

En Iran, des réactions contrastées

La presse iranienne conservatrice applaudit le discours du président Mahmoud Ahmadinejad , lors que les journaux réformateurs ont noté la controverse qu’il a soulevée.

«Applaudissements pour la logique iranienne à Genève», a titré Vatan Emrouz, après que M. Ahmadinejad eut qualifié Israël de «gouvernement raciste». Le quotidien ultraconservateur Kayhan voit lui un «bon accueil pour Ahmadinejad et la haine d’Israël le raciste» dans la salle des conférences de l’ONU. Les journaux soutenant le président ont évoqué brièvement le boycott par des pays occidentaux de la conférence et la sortie des 23 ambassadeurs de pays de l’Union européenne présents pendant l’intervention de M. Ahmadinejad.

«Le discours du président provoque la colère des sionistes» a dit Jam-e Jam alors que le quotidien gouvernemental Iran a jugé que «le cri de justice» de M. Ahmadinejad a «mis en colère les racistes occidentaux».

En revanche, la presse réformatrice qualifie le discours du président de «controversé», comme Etemad. Etemad Melli souligne en une «la présence bruyante d’Ahmadinejad à Genève».

Le journal remarque que son intervention a entraîné «deux sortes de protestations», avec l’intervention de protestataires dans la salle puis la sortie des ambassadeurs de l’UE.

Sarmayeh fait sa une sur ce dernier point en évoquant «la sortie de 40 diplomates occidentaux en signe de protestation»

Enfin, l’agence Irib news , proche du gouvernement, annonce que le président Ahmadinejad revient mardi matin à Téhéran. Il a rencontré des membres de la communauté iranienne de Suisse lundi soir, et leur a expliqué qu’en quittant la salle de l’ONU, les «avocats de la liberté prouvaient qu’ils n’étaient pas capables de supporter la contradiction. Quand des milliers de personnes restent à une réunion, qu’un petit groupe la quitte n’est pas un événement». Et pour montrer que le combat du président est aussi celui de son peuple, Irib news illustrer son propos avec une photographie montrant Mahmoud Ahmadinejad peinant à regagner sa voiture, assailli par de très nombreux supporteurs, venus lui faire bon accueil à l’aéroport ce mardi matin.