Nicolas Sarkozy continue de surfer sur la crise financière. Lancée le 25 septembre à Toulon, sa croisade pour moraliser le capitalisme a obtenu lundi un premier succès. Le patronat français a adopté un code de conduite qui encadre les rémunérations des chefs d'entreprise et interdit les «parachutes dorés», symboles d'un système devenu fou.

Le président doit cette victoire à ses armes favorites, la maîtrise de la communication et de l'agenda. Dans son discours de Toulon, il avait déjà dénoncé «ce système où celui qui est responsable d'un désastre peut partir avec un parachute doré». Et il avait mis en demeure les patrons de s'accorder sur des «pratiques acceptables», sans quoi il sévirait par la loi.

En réalité, Nicolas Sarkozy sait que le patronat travaille à l'élaboration de telles règles depuis mars dernier. Lorsque vendredi, le Medef, qui regroupe les grandes entreprises françaises, annonce que ses propositions seront divulguées le 6 octobre, l'Elysée lui ordonne de les «présenter publiquement [...] avant le mardi 7 octobre», afin que le Conseil des ministres puisse les examiner. «Le gouvernement vole au secours de la victoire», commente la présidente du Medef, Laurence Parisot.

Cumul d'avantages

Comme par miracle, les mesures réclamées par Nicolas Sarkozy aux patrons correspondent exactement aux recommandations du Medef. Les indemnités de départ des chefs d'entreprise seront abolies, sauf en cas de départ contraint lié au rachat de l'entreprise ou à un «changement de stratégie». Dans ce cas, elles seront limitées à deux ans de salaire au maximum.

Plusieurs scandales ont précipité l'adoption de cette mesure: l'exil suisse d'Antoine Zacharias, ex-PDG du groupe de construction Vinci, qui a réclamé 81 millions d'euros de stock-options en sus d'un «parachute» de 12 millions d'euros; ou les fortunes obtenues, au moment où leurs entreprises étaient en crise, par les dirigeants d'Airbus et d'Alcatel-Lucent.

Le code de conduite du patronat prévoit que les chefs d'entreprise - présidents, directeurs généraux etc. - ne pourront plus s'abriter derrière le droit du travail français. Jusqu'à présent, certains patrons cumulaient les avantages: un salaire royal de dirigeant, et la protection garantie aux simples salariés, par exemple sous forme d'indemnités de départ.

En revanche, les recommandations du Medef ne fixent aucune limite chiffrée aux rémunérations. «Pourquoi pas une limite dans d'autres métiers, dans le showbiz, chez les footballeurs», s'est demandé Laurence Parisot. Selon elle, plafonner les salaires risquerait de faire fuir les talents et d'entraver les investissements étrangers.

Pour les mêmes raisons, l'attribution de primes de bienvenue - les golden hello - n'est pas réglementée par le code de conduite. Et l'adhésion à ce document restera purement volontaire: «A partir d'aujourd'hui, [le dirigeant] sait que s'il n'adhère pas [...], il ne recevra pas l'estime du public», a expliqué Laurence Parisot. Elle mise aussi sur le fait que la crise financière va «provoquer une modération des salaires».

Cela suffira-t-il à Nicolas Sarkozy? La tentation existe, dans les milieux gouvernementaux, de profiter du chaos financier pour légiférer sur les revenus des patrons. Mais Laurence Parisot estime que ce serait une grave erreur: «A chaque fois qu'il y a eu une législation sur le sujet, les effets [secondaires] ont été pires», selon elle. Ainsi, la loi «Travail, emploi, pouvoir d'achat», voulue par Nicolas Sarkozy et votée l'an dernier, demandait aux conseils d'administration d'approuver les «parachutes dorés» dans des résolutions distinctes. «C'est comme cela, rappelle Laurence Parisot, qu'énormément d'indemnités de départ ont été votées.»