Sur le tarmac de l'aéroport Ben Gourion se mettait en place jeudi en fin de matinée le dispositif de sécurité pour l'arrivée du médiateur américain Dennis Ross. Au même moment, le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, avant de quitter Israël par avion, justifiait l'annulation de sa visite des mosquées Omar et Al-Aqsa, joyaux architecturaux de l'Islam à Jérusalem, par «le manque de temps». Toutefois à la Maison d'Orient, siège des institutions palestiniennes de Jérusalem-Est, on avançait pour explication «de fortes pressions israéliennes». Kofi Annan n'en pas moins tenu à formuler des «encouragements» à Dennis Ross, en lever de rideau de sa nouvelle tentative de conciliation.

Deuxième phase

Dennis Ross arrive porteur de «propositions» de l'administration américaine, portant sur l'ampleur de la deuxième phase du retrait israélien de Cisjordanie. Mme Madeleine Albright, la patronne de M. Ross au Département d'Etat, ne serait plus d'humeur à tolérer de nouveaux atermoiements de Benjamin Netanyahou. Elle s'apprêterait même à publier, dès la fin de la tournée africaine du président Clinton, un plan de relance du processus de paix, qui résonne déjà aux oreilles des responsables israéliens comme un diktat. D'autant que ce document a reçu le soutien de l'Union européenne et de son président actuel Robin Cook – la bête noire des Israéliens depuis l'esclandre sur le site de l'implantation future de Har Homa.

Le médiateur Ross devrait réclamer au premier ministre Netanyahou l'évacuation de 13% de la Cisjordanie. Ce dernier, qui avait consenti du bout des lèvres à en céder 9%, répondra peut-être dans sa fausse candeur, comme pour démontrer combien la demande américaine lui semble excessive, qu'un pour cent supplémentaire équivaut à la superficie de Tel-Aviv. Quant à Yasser Arafat, se basant sur les sous-entendus des Accords d'Oslo, il exige, à ce stade, 30% du territoire palestinien.

Mme Albright voulait rendre public son plan de remise en marche du processus de paix israélo-palestinien dès ces jours-ci, mais le Cabinet israélien a tout fait pour l'en dissuader. Plusieurs ministres, dont Natan Sharansky, Limor Livnat et Yitzhak Mordehaï, se sont déplacés jusqu'aux Etats-Unis dans ce but. La puissante communauté juive américaine a été aussi appelée à la rescousse. Ses dirigeants ont fait savoir à l'Administration Clinton que malgré leurs divergences de vue sur la politique israélienne tous se rangeaient cette fois-ci derrière Benjamin Netanyahou. «Seul Israël peut déterminer ses besoins en matière de sécurité», ont-ils fait valoir, en se disant toutefois favorables à un compromis.

Benjamin Netanyahou serait maintenant prêt, lui aussi, à quelques concessions mineures pour éviter à la fois l'épreuve de force avec la Maison-Blanche et l'isolement de son pays sur la scène internationale. Dans un message adressé au président Clinton, il laisserait entrevoir une évacuation de 10,5 à 12%. Non plus des lambeaux de Cisjordanie, pas plus des îlots palestiniens éloignés les uns des autres et cernés de toutes parts, mais une continuité territoriale comparable, ou même supérieure en superficie, à la bande de Gaza, et ayant l'aspect d'un Etat embryonnaire. «Cette concession, aurait-il écrit, sera de nature à inciter l'Autorité palestinienne à reprendre les pourparlers de paix.» Cependant M. Netanyahou cherche avant tout une échappatoire...

Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe au Caire, Yasser Arafat devait tirer encore la sonnette d'alarme. «Le processus de paix agonise», affirmait-il, les lèvres tremblantes, le visage défait. Le président de l'Autorité palestinienne ressent mieux que quiconque l'impatience et les frustrations croissantes de son peuple, confronté au quotidien non seulement à un horizon bouché, mais surtout aux zigzags, aux circonvolutions, d'une politique israélienne quasi ubuesque.