Des bombardements auraient eu lieu

Selon Al-Jazira, des bombardements aériens contre des manifestants auraient eu lieu à Tripoli. Des avions de chasse auraient tiré contre les manifestants.

Une opération menée lundi par les forces de sécurité en Libye contre «les terroristes» a fait plusieurs morts, a par ailleurs annoncé la télévision d’Etat, avant de montrer des images «en direct» de manifestants pro-Kadhafi sur la principale place de la capitale.

Par ailleurs, les lignes de téléphones fixes et mobiles auraient été coupées.

■ Démentis et démissions

Le ministre libyen de la Justice, Moustapha Abdel Jalil, a démissionné de son poste «pour protester contre l’usage excessif de la force» contre les manifestants en Libye, a rapporté lundi un journal libyen dans son édition en ligne.

D’autre part, des témoins à Syrte ont démenti lundi auprès de l’AFP la chute de cette ville libyenne aux mains des manifestants anti-Kadhafi, comme l’a affirmé la Fédération internationale des ligues de droits de l’Homme.

Des villes tombent, le chaos s’installe

La police libyenne a déserté dimanche midi Zaouia, à 60 km à l’ouest de Tripoli, qui est depuis livrée au chaos, ont déclaré à l’AFP plusieurs Tunisiens arrivant de cette ville lundi matin à Ben Guerdane, en Tunisie, près de la frontière entre les deux pays.

Plusieurs autresvilles libyennes, dont Benghazi et Syrte, seraient tombées aux mains des manifestants à la suite de défections dans l’armée, selon la Fédération internationale des ligues de droits de l’Homme, qui avance un bilan de 300 à 400 morts depuis le début du soulèvement.

«Beaucoup de villes sont tombées, notamment sur l’Est de la côte. Des militaires se sont ralliés» au soulèvement contre Mouammar Kadhafi, a déclaré à l’AFP la présidente de la FIDH, Souhayr Belhassen, citant notamment Benghazi, bastion de l’opposition, et Syrte, ville natale du colonel Kadhafi.

Selon elle, les violences lors des manifestations demandant le départ du dirigeant libyen ont fait «entre 300 et 400 morts, probablement plus près de 400».

Une autre ONG, Human Rights Watch, a fait état de son côté lundi matin d’un bilan d’au moins 233 morts.

Les informations de la FIDH, basée à Paris, proviennent essentiellement des ligues libyennes des droits de l’homme. Selon ces informations, le camp de Bab el Azizia, où vit le dirigeant libyen en périphérie de Tripoli, aurait également été attaqué dans la nuit de dimanche à lundi.

■ Mises en garde et pillages Alors que BP entreprend de rapatriser une partie de son personnel de Libye, où il emploie en tout cent quarante personnes dont une quarantaine d’expatriés, en raison des violences, plusieurs pays ont officiellement déconseillé ce lundi à leurs ressortissants de se rendre en Libye, dont la Grande-Bretagne, l’Italie et même la Chine. «Nous sommes extrêmement préoccupés, nous coordonnons l’évacuation éventuelle des citoyens de l’Union européenne de Libye, en particulier de Benghazi», a déclaré lundi la ministre espagnole des Affaires étrangères Trinidad Jimenez, en marge d’une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles. Des entreprises, comme le géant pétrolier BP, le groupe italien d’aéronautique et de défense Finmeccanica et la compagnie pétrolière norvégienne Statoil, ont elles commencé à rapatrier leurs salariés. Ce lundi matin, quelque 500 Libyens ont envahi et pillé un chantier de construction sud-coréen près de Tripoli, faisant des blessés, a indiqué le ministère sud-coréen des Affaires étrangères, précisant que plusieurs attaques similaires avaient eu lieu ces derniers jours contre des intérêts sud-coréens. ■ Emeutes dans Tripoli Après de grandes violences hier à Benghazi, la deuxième ville du pays, les émeutes ont maintenant gagné la capitale. Le siège d’une télévision et d’une radio publiques ont été saccagés dimanche soir par des manifestants à Tripoli où des postes de polices, des locaux des comités révolutionnaires et l’immeuble du ministère de l’Intérieur ont été incendiés, selon des témoins joints par l’AFP. «Un local qui abritait la télévision Al-Jamahiriya 2 et la radio Al-Shababia a été saccagé», a indiqué à l’AFP un témoin sous couvert de l’anonymat. La diffusion de la chaîne de télévision, suspendue dimanche soir, a repris lundi. Al-Jamahariya 2, deuxième chaîne publique, et la radio Al-Shababia, avaient été lancées par un fils du dirigeant libyen Mouammar, Seïf Al-Islam en 2008, avant d’être nationalisées par la suite. D’autre part, des tirs nourris ont été entendus dans plusieurs quartiers de la capitale et des affrontements entre opposants et sympathisants du numéro un libyen ont notamment eu lieu sur la Place verte de Tripoli, selon des témoins. ■ Le pétrole bondit Conséquence des tensions, le pétrole a grimpé ce lundi au-dessus de 105 dollars le baril à Londres, un niveau plus vu depuis fin septembre 2008, porté par des inquiétudes sur l’approvisionnement d’or noir, alimentées par la flambée de violence. Défections Face à la répression sanglante des manifestations, des diplomates libyens en poste à l’étranger ont commencé à faire défection en Inde, en Chine et auprès de la Ligue arabe. ■ Le discours de Seïf al-Islam Le fils du colonel Kadhafi a affirmé dimanche soir que le peuple libyen devait choisir soit de construire une «nouvelle Libye», soit de plonger dans la «guerre civile», alors que les affrontements ont gagné la capitale Tripoli dans la nuit de dimanche à lundi. «La Libye est à un carrefour. Soit nous nous entendons aujourd’hui sur des réformes, soit nous ne pleurerons pas 84 morts mais des milliers et il y aura des rivières de sang dans toute la Libye», a déclaré Seïf al-Islam lors d’une allocution télévisée. Au sujet des réformes, il a annoncé que le Congrès général du peuple (parlement) se réunira bientôt pour décider d’un nouveau Code pénal et de nouvelles lois donnant «des perspectives de liberté» pour la presse et la société civile, ainsi que du lancement d’un dialogue sur une Constitution. Seïf al-Islam, qui conduisait le courant réformateur depuis 2007, avant d’annoncer sa retraite politique un an après, a aussi affirmé que la Libye était la cible d’un complot étranger et a reconnu que plusieurs villes du pays, dont Benghazi et Al-Baïda dans l’est du pays, étaient la proie de violents combats et que les émeutiers s’étaient emparés d’armes militaires. «Maintenant tout le peuple libyen est armé. Je m’adresse à vous et pour la dernière fois avant de recourir aux armes», a-t-il dit, estimant que la Libye n’était «pas la Tunisie ni l’Egypte», en allusion aux révolutions de ces deux pays qui ont conduit à la chute de leurs régimes. «Notre moral est au plus haut et le leader Mouammar Kadhafi, ici à Tripoli, conduit la bataille et nous le soutenons ainsi que nos forces armées […] Nous ne lâcherons pas la Libye et nous combattrons jusqu’au dernier homme, jusqu’à la dernière femme et jusqu’à la dernière balle.» Selon lui, les affrontements sont provoqués par des éléments libyens et étrangers visant à détruire l’unité du pays et à instaurer une république islamiste, selon ces déclarations retransmises par la télévision d’Etat libyenne. «Nous avons eu les réformes que nous voulons avec moindres pertes et moindre problèmes», a-t-il dit. «De la première à la deuxième Jamahiriya» libyenne, a-t-il dit. «Si vous voulez qu’on change le drapeau et l’hymne national, on le fera.» Seïf al-Islam a répété à plusieurs reprises le chiffre de 84 morts dans les violences qui ont débuté la semaine dernière en Libye et affirmé que les bilans donnés par «les médias étrangers» étaient «très exagérés». ■ Nouveau bilan des violences, lundi matin: 233 morts Les violences lors des manifestations en Libye contre le pouvoir de Mouammar Kadhafi ont fait au moins 233 morts depuis le début du mouvement de protestation, dont 60 pour la seule journée de dimanche à Benghazi, selon un nouveau bilan publié lundi par l’ONG Human Rights Watch, qui cite des informations de «sources hospitalières en Libye», dans un communiqué reçu à Paris. Le précédent bilan établi par cette ONG américaine faisait état de 173 morts. La plupart des victimes ont été tuées à Benghazi, deuxième ville du pays à 1000 km à l’est de Tripoli, mais selon des témoins joints par l’AFP, des heurts sanglants ont éclaté samedi à Musratha (est) et Zaouia (ouest). ■ Incidents à Tripoli aussi, et dans tout l’est du pays Des tirs nourris ont été entendus dimanche soir dans plusieurs quartiers de Tripoli par le correspondant de l’AFP ce lundi sur place et des témoins. Des affrontements entre opposants et sympathisants du numéro un libyen ont notamment eu lieu sur la place Verte de Tripoli, selon des témoins. Aux environs de 03h00 TU (4h00, heure suisse) on n’entendait plus de coups de feu, selon un journaliste de l’AFP. Ce matin sur les antennes de la Radio suisse romande, Antoine Basbous, le chercheur qui préside l’Observatoire des pays arabes à Paris, a affirmé que non seulement la ville traditionnellement rebelle de Benghazi, mais aussi tout l’est du pays, échappait au contrôle du pouvoir central. ■ Où est le colonel Kadhafi? Selon des messages sur Twitter, et selon les déclarations de certains témoins interrogés par la chaîne Al-Arabiya ce matin, le colonel Kadhafi pourrait être en fuite, sans que rien ne corrobore, à 8h15 heure suisse, pour l’instant cette nouvelle.