«Je ne démissionnerai pas malgré les rumeurs vicieuses circulant depuis quelques jours [...] Bientôt, tout cela se dégonflera.» S'exprimant dimanche devant le Conseil des ministres, Ehoud Olmert a refusé de donner des précisions quant à la nouvelle enquête judiciaire le concernant. En effet, le procureur général de l'Etat hébreu a autorisé vendredi une cellule spéciale de la police anti-fraude à interroger le premier ministre «dans le cadre d'une affaire grave».

Cinquième enquête

Le chef du gouvernement a été entendu en tant que suspect et non en tant que simple témoin. Dans la foulée, un juge de Jérusalem a interdit aux médias de l'Etat hébreu de publier le moindre détail quant aux faits reprochés à Ehoud Olmert. Il n'en a pas fallu davantage pour la classe politique s'enflamme, car cette enquête est la cinquième ouverte à l'encontre du premier ministre. En outre, contrairement aux affaires précédentes, la police estime «disposer de preuves et de témoignages concluants».

A en croire le Yediot Aharonot, le seul quotidien israélien à avoir enfreint l'arrêt interdisant la divulgation des détails du dossier, le premier ministre serait soupçonné d'avoir accepté de l'argent offert par un ou plusieurs hommes d'affaires américains désireux de financer ses activités électorales.

«Il convient d'être prudent puisque le chef du gouvernement n'est pas inculpé, affirme l'ex-juge à la Cour suprême Yehoud Matza. Mais j'imagine mal qu'il puisse continuer à s'entretenir normalement avec la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice et préparer l'accueil de George Bush (ndlr: attendu à l'occasion du 60eanniversaire de l'Etat hébreu jeudi) alors que sa carrière politique est tellement menacée.» Un avis partagé par la plupart des chroniqueurs politique, pour lesquels le départ d'Ehoud Olmert «n'est plus qu'une question de temps».

Visitant dimanche le plateau du Golan, le leader de l'extrême droite Avigdor Liberman a d'ailleurs prédit «des élections avant la fin de l'année». Quant au président du Parti travailliste et ministre de la Défense, Ehoud Barak, il a annulé toutes ses réunions. «Je n'envisage pas de quitter la coalition pour le moment, a-t-il déclaré. J'attends d'en savoir un peu plus sur l'enquête en cours.» De leur côté, plusieurs députés du Likoud ainsi que d'autres partis de l'opposition de droite ont déposé une motion de censure ainsi qu'un projet de loi prononçant la dissolution de la Knesset.

C'est dans cette ambiance tendue qu'Ehoud Olmert a annulé toutes les interviews prévues à l'occasion du 60e anniversaire de l'Etat hébreu. Dans la foulée, trois des huit députés du parti Gil (Pensionnés) sont passés dans l'opposition. La majorité qui soutenait le premier ministre est donc réduite à 64 élus sur 120.

«Signe annonciateur»

«Dans la vie parlementaire israélienne, le fait que les petits partis de la majorité commencent à se disloquer est un signe annonciateur de crise majeure, explique le commentateur politique Hana Krystal. Au sein même de Kadima (le propre parti d'Ehoud Olmert), certains plaident également pour que le premier ministre laisse la place. Les mauvais signes s'accumulent et le clan de ses supporters se réduit comme peau de chagrin. Il ne pourra pas continuer à s'accrocher longtemps.»