La famille du président déchu Zine el-Abidine Ben Ali se serait enfuie de Tunisie avec 1,5 tonne d’or. C’est Le Monde qui l’affirme, en citant des sources proches de la présidence française. Dans ce contexte tendu, les pressions pour obtenir un blocage des avoirs du clan se multiplient, au sein de l’UE comme en Suisse.

L’Association des Tunisiens de Suisse a écrit samedi au Conseil fédéral, exigeant le blocage immédiat des biens détenus par le clan Ben Ali; le PS a fait de même dimanche. Lundi, l’avocat suisse d’origine tunisienne Ridha Ajmi a fait un pas de plus, en déposant une dénonciation pénale et une requête de mesures urgentes auprès du Ministère public de la Confédération. Il demande le gel des avoirs d’une trentaine de personnes ou organisations liées au clan, qu’il liste. Le MPC confirme avoir reçu une deuxième dénonciation pénale.

Toutes les banques ont d’après la loi sur le blanchiment d’argent l’obligation de bloquer les avoirs qu’elles estiment de provenance douteuse. «Il va de l’intérêt de la Suisse et de l’image de sa place financière de prendre les devants et d’annoncer sa disponibilité à collaborer avec les autorités tunisiennes dans tous les dossiers engageant les deux pays», commente Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen. «Cela vaut mieux que d’avoir une armada d’ONG et d’avocats lui réclamer l’argent du peuple tunisien.»

Sauf que voilà: interrogé sur les mesures prises quant aux éventuels fonds, le Département fédéral des affaires étrangères a répété lundi «suivre la situation de très près» et se «réserver la possibilité de prendre les mesures appropriées, y compris celle de bloquer de tels fonds». L’Office fédéral de la justice n’a de son côté reçu aucune demande d’entraide judiciaire de Tunis concernant la restitution de fonds. Mais, précise encore le DFAE, le Conseil fédéral peut, en se basant sur l’art. 184 de la Constitution, à tout moment bloquer des comptes, si la «sauvegarde des intérêts du pays l’exige».