Bo Xilai, l’ex-membre du puissant Bureau politique du Parti communiste, qui comparaît depuis jeudi pour corruption, détournement de fonds et abus de pouvoir, semble en apparence lutter pied à pied dans le prétoire, contrant les éléments à charge avancés par le procureur. Du moins si l’on se réfère au principal moyen de suivre les débats, rapportés sur le réseau social chinois Weibo, par le tribunal de Jinan où il est jugé.

La presse étrangère n’a pas accès à la salle du procès et il est impossible de s’assurer que ces microblogs rendent compte de la réalité d’une façon fidèle et exhaustive. Personne d’indépendant ne rapporte les débats depuis l’intérieur du tribunal et la censure s’exerce sur les commentaires des internautes.

Un scénario écrit à l’avance

La combativité affichée par Bo Xilai, selon ces transcriptions, contraste avec la docilité affichée d’ordinaire par les hauts responsables chinois traduits en justice. Mais elle ne devrait pas pour autant influer sur un verdict déjà décidé dans les coulisses du pouvoir, avertissent les analystes. «En conséquence, quelle que ce soit la manière dont il se comporte, le tribunal se prononcera conformément au scénario écrit à l’avance», souligne Steve Tsang, expert en politique chinoise à l’université de Nottingham.

Selon lui, le sort l’ancien cadre chinois, dont la chute spectaculaire en 2012 avait mis au jour de profondes divisions au sein du Parti communiste, a fait l’objet de longues tractations au plus haut niveau de l’Etat. Une relative liberté de parole a pu lui être délibérément accordée pour appliquer au procès un vernis de transparence, analyse Willy Lam, expert de la University of Hong Kong.

«De la propagande»

«Les autorités vont se vanter de lui offrir l’occasion de se défendre lui-même», explique l’expert. Cela sert aussi la propagande et va dans le même sens que la récente volonté affichée par Pékin de mieux faire respecter les règles d’un Etat de droit, ajoute-t-il. Tandis que pour le quotidien China Daily, «le procès (Bo Xilai) innove en terme de transparence».

Selon He Weifang, professeur de droit à l’Université de Pékin, la diffusion sur le réseau Sina Weibo (l’équivalent chinois de Twitter) d’éléments de l’audience n’a pu se faire qu’avec l’aval des plus hautes autorités. «Je pense qu’en faisant cela, les dirigeants pensent […] pouvoir davantage convaincre les gens que le procès était équitable», même si «évidement, ce n’est pas complètement le cas», a-il observé.

Pour Steve Tsang, les autorités prennent «un risque calculé» mais ont très probablement conclu un accord avec Bo Xilai sur sa sentence, lui permettant d’éviter la peine de mort qu’il encourt.