Six cent dix victimes récemment identifiées du massacre de Srebrenica ont enfin trouvé le repos. Sous une pluie fine et persistante, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont assisté à la cérémonie religieuse musulmane de la dzenaza, la prière des morts, qui a conclu les commémorations du dixième anniversaire du massacre de Srebrenica.

De nombreuses familles de victimes et de survivants de Srebrenica avaient afflué vers le mémorial de Potocari, à une dizaine de kilomètres de la ville martyre. C'est là même que les hommes des forces serbes du général Mladic avaient procédé au tri entre les hommes et les femmes.

Pour la première fois, le président de la République de Serbie avait répondu à l'invitation de la Présidence collégiale de Bosnie-Herzégovine. La venue de Boris Tadic, présentée comme un pas important vers la réconciliation régionale, avait cependant été vivement contestée par les associations des Mères de Srebrenica.

Dans leurs discours, les orateurs ont souligné la nécessité de l'arrestation des deux anciens dirigeants bosno-serbes, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, considérés comme les principaux instigateurs du massacre et qui défient la justice internationale depuis 1995. En signe de protestation, la procureure générale du Tribunal pénal international de La Haye, Carla Del Ponte, a refusé de se rendre aux cérémonies. Celles-ci ont débuté par la visite organisée d'une fosse commune qui vient d'être découverte près du petit village de Budak, à 500 m du mémorial de Potocari.

«La honte de l'Europe»

Désormais, près de 2000 victimes identifiées reposent dans le cimetière du mémorial de Potocari, mais des milliers de familles n'ont toujours pas retrouvé leurs proches, ce qui les empêche toujours de faire leur deuil.

Alors qu'une vaste banderole placée à l'entrée du mémorial appelait «à ne pas oublier Srebrenica», d'autres soulignaient que la chute de la ville représentait «la honte de l'Europe». En effet, les Casques bleus néerlandais chargés d'assurer la défense de l'enclave, proclamée «zone de sécurité» des Nations unies, se sont révélés incapables d'accomplir leur tâche. Certains d'entre eux ont d'ailleurs pris part, en civil, aux commémorations.

Malgré la douleur des familles, ce dixième anniversaire de la tragédie n'a peut-être pas été marqué par l'émotion lors des précédentes commémorations, même si un éclat particulier avait été donné à la cérémonie. Des autobus avaient été affrétés de toute la Bosnie pour permettre aux survivants de l'enclave, désormais réfugiés dans d'autres villes, de venir se recueillir, mais aussi de se retrouver entre anciens voisins. Avec des stands de marchands de glace ou de grillades, l'ambiance oscillait parfois entre la douleur, le recueillement et le rassemblement populaire.

Des marcheurs avaient parcouru 70 km dans les collines de l'est de la Bosnie, reprenant l'itinéraire inverse suivi en juillet 1995 par les fugitifs harcelés par les troupes serbes. A leur arrivée dans le mémorial de Potocari, ils brandissaient un immense drapeau frappé aux fleurs de lys, l'emblème de la Bosnie durant la guerre. Beaucoup d'entre eux arboraient également des T-shirts à l'effigie de Naser Oric, l'ancien chef de la défense de Srebrenica, en attente de jugement devant le Tribunal de La Haye pour des crimes commis contre les civils serbes de la région.

Pour ces survivants du massacre, Naser Oric, qui a défendu la ville, ne peut pas être considéré comme un criminel, même si les expéditions des Bosniaques assiégés contre les villages serbes des alentours se sont soldées par de nombreuses tueries. D'ailleurs, les Serbes de la région vont également commémorer la mort des leurs. Une liturgie sera célébrée dans l'église orthodoxe de Srebrenica mardi matin, et une immense croix sera érigée dans le village de Kravica.

Communautés toujours divisées

Dans son allocution, le reis ul-ulema, la plus haute autorité de Bosnie, a appelé à la reconnaissance du crime et à la prière commune entre les fidèles de toutes les religions, en soulignant que la justice devait prendre le pas sur la vengeance. Ce message en faveur de la réconciliation a pourtant peu de chances d'être entendu par les communautés serbe et musulmane toujours divisées de Bosnie.