Nicolas Sarkozy n’a plus le choix. S’il veut rattraper son retard persistant sur Alain Juppé – ce dont 72% des Français ne le croient pas capables selon un sondage Odoxa pour France Info publié ce jeudi – l’ancien président Français doit absolument sortir vainqueur, ce soir, du second débat télévisé de la primaire de la droite.

Le format, comme celui du premier débat organisé par TF1 le 13 octobre, limitera les échanges-pugilats, puisque chacun disposera d’un temps identique pour répondre sur les questions d’actualité, puis sur trois thèmes: Europe, sécurité et délinquance, éducation. N’empêche: résolu à surfer sur la colère de l’électorat et à capitaliser sur le ressentiment anti-élites, Nicolas Sarkozy doit bousculer l’agenda. Un travail de sape que ses troupes ont entamé ces derniers jours en attaquant le favori Juppé sur son alliance présumée avec l’ancien candidat centriste à la présidentielle François Bayrou, et sur le risque d’une «alternance molle» en cas de victoire du maire de Bordeaux.

Deux autres candidats doivent aussi impérativement faire la différence s’ils veulent rester dans la course pour le premier tour du 20 novembre: François Fillon et Bruno Le Maire.

Le premier cherchera à profiter de sa belle performance auprès du public traditionnel de droite lors du premier débat, même s’il peina à répondre sur la question du salaire minimum. Fillon, on le sait, se croit encore capable de créer la surprise et de devancer Sarko à l’arraché. Il compte pour cela sur son image d’homme sérieux, doté d’un vrai programme, capable d’incarner une droite traditionnelle décomplexée et volontiers plus souverainiste, lui qui milita jadis contre le traité de Maastricht et l’adoption de l’Euro. Problème: le premier débat a montré qu’il peine à contrer l’ancien Chef de l’Etat, dont il fut le premier ministre et dont il partage donc le bilan.

Le second, Bruno Le Maire, doit absolument mettre en avant son âge (47 ans) s’il veut continuer à apparaître comme l’homme de la relève à droite. Or là aussi, il lui faudra cogner. Le premier débat l’avait montré imprécis sur le nombre des fonctionnaires, velléitaire, peu audible. Or s’il attend, pour se démarquer, le troisième débat télévisé du 17 novembre, cela risque d’être trop tard.

Pour les autres candidats, l’enjeu est différent. Jean-Francois Copé, Nathalie Kosciusko Morizet et l’étonnant Jean Frédéric Poisson doivent, chacun, faire valoir leur personnalité pour «monnayer» ensuite au mieux leur ralliement au second tour. On connaît leurs atouts, et leurs faiblesses. Jean-Francois Copé, très à l’aise lors du premier débat, a commis un impair symbolique en se trompant complètement lors d’un échange à la radio sur le prix du… pain au chocolat (15 centimes selon lui contre environ un euro en réalité) et ses adversaires lui feront sans doute remarquer cette bévue. NKM, seule femme parmi les sept candidats, risque pour sa part d’être à la peine sur les sujets sécuritaires mais elle pourrait faire la différence sur l’éducation, compte tenu de sa foi dans les nouvelles technologies et de sa fine connaissance de l’économie numérique. Jean Frédéric Poisson, enfin, a gâché sa belle prestation lors du premier débat par ses affirmations sur «le lobby sioniste», assurées de revenir sur le devant de la scène alors qu’on va parler terrorisme et géopolitique. Mais avec son franc-parler, l’élu versaillais, très catholique, peut devenir l’outsider en vue de cette primaire.

Reste enfin celui qui a le plus à perdre: Alain Juppé. Pour celui-ci, ce débat sera un quitte ou double. Soit il l’emporte de nouveau et confirme son avance, soit il se fait bousculer – notamment sur ses compromis avec les centristes – et se retrouve en difficulté. Sur le papier, cela est peu probable, tant l’image de Nicolas Sarkozy est détériorée, y compris par la publication ce jeudi d’une nouvelle enquête accablante du «Monde» sur ses réseaux libyens et sur les ombres dans le financement de sa campagne de 2012. Mais Juppé a un autre adversaire, qui ne sera pas présent sur le plateau: Francois Hollande. En le faisant passer pour un «mou», enclin aux compromis, les adversaires de l’ancien premier ministre de Jacques Chirac vont jouer sur la comparaison avec l’actuel locataire de l’Elysée. On dit d’ailleurs que le Chef de l’Etat français compte bien suivre «de près» ce second affrontement cathodique de la droite.