Etats-Unis

La primaire du Wisconsin pourrait annoncer le début du déclin de Trump

Face à un mouvement «anti-Trump» qui est monté en puissance, le milliardaire new-yorkais vient d’achever la pire semaine de sa campagne électorale. Son assise, même auprès de son électorat, vacille

Est-ce le début de la fin du «trumpisme»? La primaire républicaine du Wisconsin (42 délégués en jeu), qui se déroule aujourd’hui, devrait livrer une première réponse. Cet Etat du Midwest, qui a abrité nombre d’usines de l’industrie automobile, devrait être au cœur de l’électorat de Donald Trump. Les électeurs blancs issus des classes laborieuses touchées par la grande récession de 2009 et secouées par la globalisation que le New-Yorkais est parvenu à séduire par son discours anti-establishment, y sont fortement représentés au même titre que les indépendants, qui ont jusqu’ici voté en nombres pour le milliardaire new-yorkais. Mais les derniers sondages le donnent perdant face au sénateur texan ultra-conservateur Ted Cruz. La défaite pourrait n’être que symbolique. Mais elle risque d’être bien plus que cela.

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Pourquoi autant de certitudes alors que Donald Trump (qui a conquis pour l’heure 736 délégués) a contredit tous ceux qui prédisaient son implosion l’automne dernier déjà? Deux facteurs ont joué un rôle important: le mouvement anti-Trump (#NeverTrump) s’est fortement renforcé. Si les ex-candidats présidentiels Chris Christie et Ben Carson ont rallié la campagne du New-Yorkais, nombreux sont ceux, au sein du Parti républicain, qui ont milité pour stopper à tout prix l’ex-animateur de l’émission de téléréalité «The Apprentice».

Le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham, qui incarne parfaitement l’élite du parti, a longtemps dit ne pas supporter le radicalisme de Ted Cruz (463 délégués). Aujourd’hui pourtant, il le soutient au même titre que Jeb Bush qui a étrangement préféré l’ultra-conservateur texan au plus modéré gouverneur de l’Ohio John Kasich (143 délégués). Le second facteur de déclin, c’est Donald Trump lui-même. Il a vécu de loin la pire semaine de sa campagne électorale. Ex-rédactrice des discours de Ronald Reagan, Peggy Noonan le souligne: «Donald Trump a peut-être dépassé toutes les attentes, a conquis le système politique américain et presque l’un des deux grands partis politiques du pays. Mais c’est triste de constater qu’il est incapable de se dompter lui-même.»

Son instabilité et ses propos chocs le décrédibilisent

Ses incohérences en ont fait un candidat erratique, imprévisible, «dérangé», selon la commentatrice conservatrice Ann Coulter, qui l’admirait encore récemment. Le candidat new-yorkais est «comme un fils adolescent de seize ans qu’on devrait constamment faire sortir de prison», conclut-elle. Ses propos anti-femmes, anti-Mexicains et anti-musulmans et son incapacité de se distancier de milieux suprémacistes blancs: aucun propos outrancier ne l’a jusqu’ici pénalisé. Mais additionnées, ses déclarations à l’emporte-pièce commencent à saper son assise. Donald Trump a changé près de cinq fois d’avis au sujet de l’avortement, déclarant il y a quelques jours qu’il faudrait punir les femmes qui avorteraient dans un contexte où l’interruption volontaire de grossesse serait illégale. Pour Peggy Noonan, Donald Trump est presque aussi populaire que le choléra auprès des femmes.

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Ce n’est pas tout. Alors qu’une cinquantaine de pays étaient réunis à Washington pour un sommet présidé par Barack Obama dans le but de renforcer la lutte contre la prolifération nucléaire, l’actuel favori de la course à l’investiture déclarait que les Etats-Unis ne pouvaient plus jouer les gendarmes du monde, que le Japon et la Corée du Nord feraient bien de prendre en charge leur propre défense, quitte à acquérir l’arme nucléaire. Les propos, qui contredisent un principe fondamental de la politique étrangère américaine, ont choqué. Donald Trump s’en est aussi pris à l’Alliance atlantique, la jugeant obsolète et incapable de répondre à la menace terroriste, indiquant que l’Amérique devrait sortir de l’OTAN. Enfin, il est persuadé de pouvoir éliminer la dette américaine de 19 000 milliards de dollars en deux mandats de quatre ans. Un objectif jugé irréaliste pour plusieurs économistes.

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S’il perd la primaire du Wisconsin, le New-Yorkais aura de la peine à conquérir les 1237 délégués nécessaires pour décrocher l’investiture. Il devrait remporter 61% des délégués en jeu lors des primaires restantes. La probabilité d’une convention «contestée» où aucun candidat ne s’impose est très élevée. Et si les délégués sont liés par leur vote lors d’un premier tour de scrutin, ils ne le sont plus par la suite. Dans un tel scénario, John Kasich estime avoir sa chance. Mais nombreux sont ceux qui voient Paul Ryan soudain sortir du chapeau. Président de la Chambre des représentants, le républicain a désormais une notoriété nationale. Il était le colistier de Mitt Romney lors de la présidentielle de 2012.

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