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Donald Trump en marche pour la nomination républicaine. 
© Mel Evans

Explicateur

Les primaires américaines expliquées en cinq minutes

Qui sont ces délégués que les candidats s'arrachent, comment votent-ils? Ce 3 mai a lieu une nouvelle primaire dans l'Indiana. Donald Trump peut-il encore être stoppé? Le point sur ces votes complexes

 1  Qui choisit les candidats à la présidentielle?  

Tous les quatre ans, le Parti républicain et le Parti démocrate organisent pendant plusieurs mois, Etat par Etat, un système de présélection des candidats à l'investiture en élisant des délégués. Ces délégués s'engagent auprès d'un candidat, et sont élus

- via des caucus, un système où les sympathisants des partis se regroupent physiquement dans divers lieux (salles de sports...) autour des représentants des candidats de leur parti. 

- via des primaires, des élections qui peuvent être ouvertes (tous les Américains peuvent voter) ou fermées (seuls les sympathisants ou militants participent).

Les Américains ont commencé à voter le 1er février dans l'Iowa, la dernière primaire aura lieu le le 7 juin, en Californie, aux New Jersey, Montana, Nouveau Mexique, Dakota du Nord et Dakota du Sud.


 2  Comment un candidat l'emporte-t-il dans son parti?

Chez les Démocrates comme chez les Républicains, le vainqueur est celui des candidats qui emporte la majorité des délégués de son parti.

Le nombre de délégués dans chaque Etat est fixé par chaque parti, en fonction de la population. Ainsi la Californie élira 546 délégués démocrates le 7 juin, mais le Nord-Dakota seulement 23.

La répartition des délégués varie. Ainsi les délégués républicains sont répartis de façon différente selon les Etats, soit avec une dose de proportionnelle («Winner-take-most» comme dans le New Jersey ou en Californie) soit sans proportionnelle («Winner-take-all» comme dans le New Jersey ou le Delaware).

Il faut 1237 délégués pour obtenir la nomination républicaine (majorité simple de 2472 délégués). Côté démocrate, il faut 2383 délégués pour gagner (majorité simple de 4765 délégués).


 3  Quel rôle jouent les super-délégués? 

Parmi leurs délégués les Américains élisent aussi des «super-délégués», des responsables locaux de parti, qui ne s'engagent pas sur un candidat. Le jour de la Convention, qui désigne le candidat officiel, ils votent pour qui ils veulent, souvent pour le candidat qui est déjà en tête, pour augmenter sa représentativité.

Les républicains comptent 100 «super-délégués» (dont 54 rien qu'en Pennsylvanie), et les démocrates 712.


 4  Où en est-on de cette course présidentielle, ce 3 mai?

Ce 3 mai, alors qu'on vote dans l'Indiana ce soir, il reste 674 délégués républicains et 1668 délégués démocrates à choisir. Pour l'emporter Donald Trump a besoin de rafler 58% des délégués encore en jeu.

Chez les démocrates, Hillary Clinton a engrangé quelque 10,5 millions de voix, contre 7,8 millions pour le sénateur du Vermont.


 5  Quand le choix définitif des candidats sera-t-il fait?

Les candidats officiels sont élus lors des Conventions des partis, qui rassemblent tous les délégués.

La Convention républicaine aura lieu du 18 au 21 juillet à Cleveland, dans l'Ohio. Celle des démocrates est organisée une semaine plus tard, du 25 au 28 juillet à Philadelphie, en Pennsylvanie.

Les Conventions ne font normalement qu'entériner officiellement le résultat des primaires, et servent à resserrer les rangs autour de l'heureux élu. Mais cette année est exceptionnelle. Le caractère très clivant de Donald Trump et la résistance inattendue de Bernie Sanders ont dynamité le déroulement habituel de la campagne.


 6  Les Conventions sont-elles jouées d'avance?

Les délégués ont certes été élus en s'engageant pour voter pour un candidat précis. Cependant:

- Alors qu'au premier tour les délégués de la plupart des Etats se sont engagés à voter pour le candidat qu'ils ont soutenu («pledged delegates»), si aucun candidat n'est élu dès le premier tour, à partir du 2e tour plus de la moitié des délégués sont déliés de cet engagement et votent comme ils le veulent. 

- Les superdélégués peuvent changer la donne

- Des marchandages de dernière minute peuvent avoir lieu. Ainsi les délégués des candidats républicains qui ont quitté la course devront choisir de donner leur voix (9 délégués de Ben Carson, les 4 de Jeb Bush, et l'unique délégué de Carly Fiorina, Mike Huckabee et Rand Paul).


 7  Donald Trump peut-il encore être stoppé? Les «conventions contestées»

Ted Cruz et John Kasich, les deux challengers de Donald Trump, ont annoncé fin avril un pacte de non agression dans trois Etats. Leur but: empêcher Donald Trump de rassembler les 1237 délégués dont il a besoin pour être majoritaire, et provoquer pour la première fois depuis 40 ans une Convention ouverte, une «Contested Convention» autrement dit où aucun candidat n'aura la majorité simple à l'ouverture. La désignation du candidat aurait ensuite lieu tour de scrutin après tour de scrutin. Ce qui selon des observateurs pourrait même faire ressurgir des candidats qui ont aujourd'hui jeté l'éponge. Les règles sont volatiles et imprévisibles... Tout dépendra des délégués.

Ce 3 mai entre en vigueur l'alliance Tout-sauf-trump. Ted Cruz aura le champ libre dans l'Indiana (57 délégués) et laissera plus tard l'Oregon (28) et le Nouveau Mexique (23) à John Kasich.


 8  Bernie Sanders peut-il encore l'emporter?

Il reste 1668 délégués démocrates à désigner, Hillary Clinton doit donc en gagner 931, et Bernie Sanders 1184, soit quasiment autant que ceux qu'il a déjà obtenus.  

C'est la Californie qui fera probablement la différence le 7 juin, en élisant pas moins de 546 délégués. 


 9  Le 40B

Dites 40B à un républicain qui suit de près le processus de nomination et vous le verrez frémir. Cet article avait été modifié lors de la Convention républicaine de 2012 pour empêcher Ron Paul de présenter sa candidature au premier tour du scrutin (qu'il n'avait aucune chance de gagner): il impose à un candidat d'emporter la majorité simple des délégués ET d'avoir remporté huit Etats au moins. Le chiffre était auparavant de cinq. Si elle est maintenue telle quelle, cette règle favorisera Donald Trump, seul candidat jusqu'ici à remplir ce critère. Le comité qui règle la Convention doit la réexaminer en juin.


 10   Bonus: Election Day

L'élection présidentielle aura lieu le 8 novembre, elle aussi se réalise au suffrage universel indirect. Les citoyens votent pour des «grands électeurs» qui sont associés à un candidat. Leur nombre varie selon la taille des Etats (55 en Californie, 38 au Texas mais 3 dans le Colorado ou le Vermont).

Dans la plupart des Etats, le parti qui gagne à la majorité relative, remporte la totalité des «grands électeurs» de cet Etat (selon le principe du «Winner-take-all»). Au niveau fédéral, les 538 grands électeurs votent enfin pour le candidat qu'ils se sont engagés à soutenir.

C'est ce mode de scrutin indirect qui explique l'écart entre le vote populaire et le vote des grands électeurs,  souvent très important. Un président américain peut même être élu sans la majorité des voix: en 2000, George Bush a obtenu 47.9% des suffrages contre 48.4% à Al Gore. 


 Pour en savoir plus

 

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