JOHN KERRY

La machine électorale qui travaille depuis des mois dans la banlieue de Washington à la réélection de George Bush a changé de cible: John Kerry est désormais l'adversaire le plus probable pour novembre, et les équipes républicaines ont commencé à fouiller ses vingt ans de Sénat pour le détruire. Le double vainqueur des premiers rounds démocrates dans l'Iowa et le New Hampshire sait cela, et il ne triomphe pas. Il est d'autant plus prudent que le combat, dans son propre camp, n'est pas terminé et qu'il s'est déplacé jeudi vers le Sud: là, le terrain est moins sûr pour ce patricien du Nord.

Avant de se rendre en Caroline du Sud, où la bataille sera serrée, John Kerry a pourtant fait un saut au Missouri, qui pourrait tomber comme un fruit mûr dans son panier après le désistement de Richard Gephardt, le patron politique de cet Etat qui compte. Le Sud profond, ensuite, c'est le vote noir mais aussi le flanc faible des démocrates. John Kerry a commis l'erreur de dire qu'il pouvait vaincre Bush sans lui. Il va tenter de réparer sa faute, de la Caroline du Sud à l'Oklahoma, avant les primaires simultanées de mardi prochain dans sept Etats.

HOWARD DEAN

La candidature insurrectionnelle de Howard Dean est dans l'ornière. L'ancien gouverneur du Vermont a remplacé mercredi le chef de sa campagne, Joe Trippi, par l'ancien lieutenant d'Al Gore, Roy Neal. Or Trippi, le «mad scientist», c'était l'âme de la campagne, l'homme qui avait organisé, grâce à Internet, l'extraordinaire mouvement populaire et anti-guerre qui a porté Dean. Le professionnel remplace le passionné. Sa tâche sera aussi de remplir les caisses qui se sont dangereusement vidées des petits dons accumulés depuis une année: il a fallu acheter en catastrophe de coûteuses minutes de télévision dans le New Hampshire pour sauver les meubles et assurer à Howard Dean la deuxième place derrière John Kerry.

Le docteur n'est pas out, mais il n'a pas dans le Sud l'organisation patiemment construite dans le Nord pour les premières batailles. Il va tenter d'amasser le plus de délégués possibles, en particulier dans le Michigan et l'Etat de Washington la semaine prochaine, pour peser sur la suite de la compétition, jusqu'à la Convention de juillet. Mais il vaudrait mieux pour Dean qu'il remporte une claire victoire, même une seule.

JOHN EDWARDS

Quitte ou double: pour John Edwards la primaire de Caroline du Sud, mardi prochain, sera décisive. Si le sénateur de Caroline du Nord gagne dans l'Etat du Sud où il est né, sa candidature sera relancée. Si son résultat est médiocre, il n'ira plus très loin. Pour l'emporter, après ses demi-succès dans l'Iowa et le New Hampshire, il s'est transformé du jour au lendemain en avocat du Sud, face aux nordistes (Kerry et Dean) qui ne connaissent pas vraiment le pays profond et ses vieux ressentiments.

Edwards travaille aussi le vote noir qui remplira la moitié des urnes mardi. Mais il a affaire à rude partie. Le révérend Al Sharpton a survécu dans la compétition pour obtenir un résultat en Caroline du Sud, où il a mené une campagne assidue, d'église en église. Surtout, la voix la plus influente de la communauté noire dans l'Etat, le représentant James Clyburn, devait confirmer jeudi son ralliement à John Kerry.

Si Edwards n'obtient pas le succès escompté sur ses terres, il pourra toujours se consoler avec la perspective d'une candidature à la vice-présidence qu'on lui propose à demi-mots. Pour le moment, forcément, il l'écarte avec dédain.

WESLEY CLARK

Il n'a pas remporté la bataille, et il ne gagnera pas la guerre. Le général Wesley Clark, renonçant à l'Iowa, avait concentré tous ses moyens sur le New Hampshire. Il y menait campagne quand les autres candidats étaient ailleurs. La troisième place qu'il a obtenue était honorable, mais décevante, loin derrière Kerry et Dean.

Un militaire ne se laisse pas arrêter par le premier obstacle. Clark s'est aussitôt envolé pour la Caroline du Sud, mais au moment où son avion approchait de son but, il a repris de l'altitude et s'est posé en Oklahoma. Selon toute évidence, le général avait pris une décision stratégique dans le feu de l'action: tenter de remporter un Etat, et ce ne pouvait être que dans sa «banlieue», comme dit ce natif de l'Arkansas, voisin de l'Oklahoma. Cette banlieue est très conservatrice et très attachée à la Bible. Wesley Clark a aussitôt adapté son discours et s'est fait presque bushien: il avait, à l'âge de 9 ans, accueilli le Seigneur comme son sauveur, et il cultive les valeurs familiales chrétiennes. Ce ne sera peut-être pas suffisant. Le général pourrait bientôt rendre les armes.