Deux candidats de plus de 77 ans, donc dans la catégorie à risques, séparés par 1m80. Trois journalistes pour animer le débat, placés à distance. Et pas de public. C'est dans cette configuration exceptionnelle que s'est déroulé, dimanche soir à Washington, sur un plateau de CNN, le premier débat télévisé entre les deux candidats démocrates briguant l'investiture du parti. Favori, Joe Biden a été meilleur que d'habitude, et Bernie Sanders, surtout sur la défensive. 

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L'armée à la rescousse

Le Covid-19 a pesé sur le débat. Joe Biden et Bernie Sanders ont donné l'exemple en ne se serrant pas les mains, mais en se saluant par un coup de coudes. Quelques heures plus tôt, Donald Trump et le vice-président Mike Pence ne prenaient pas autant de précautions, collés serrés avec plusieurs spécialistes lors d'un point presse à la Maison-Blanche. Le débat entre les deux candidats démocrates a très vite tourné autour de l'état d'urgence nationale déclarée par Donald Trump, et de l'accès aux soins. Bernie Sanders, en fervent défenseur d'une couverture santé universelle pour tous, a pointé du doigt la faiblesse du filet social américain, des millions d'Américains étant privés d'assurance maladie et potentiellement sans congés payés. Une situation qui peut avoir des conséquences désastreuses en situation de crise. 

Les deux candidats militent pour un accès gratuit et rapide aux tests, et ont critiqué la gestion de la pandémie par l'administration Trump. «Nous devons faire taire ce président dès maintenant. Parce qu'il sape le travail des médecins et des scientifiques qui tentent d'aider les Américains. Il est inacceptable de l'entendre déblatérer des informations non factuelles», a dénoncé Bernie Sanders. «Nous sommes en crise. C'est comme si nous étions attaqués de l'étranger. C'est quelque chose qui a de grandes conséquences», a lâché de son côté Joe Biden. Il a parlé de «guerre» contre le coronavirus, allant jusqu'à dire qu'élu président il aurait recours à l'armée «immédiatement»: «Les militaires ont la capacité de construire des hôpitaux de 500 lits, ce dont le pays a besoin.»

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Bernie Sanders a rappelé que Joe Biden a par le passé voté en faveur de coupes budgétaires dans les systèmes d'aides sociales et d'allocations santé pour les plus défavorisés. Des accusations que l'ex vice-président sous Barack Obama a tenté de balayer. «Allez voir sur YouTube, vous verrez!», a lancé Bernie Sanders aux Américains. Alors que Joe Biden, connu pour ses gaffes et hésitations, a mentionné une fois le H1N1 au lieu du Covid-19, le sénateur socialiste s'est également trompé, en parlant plusieurs fois d'Ebola. 

Joe Biden, favori des primaires

Financement des campagnes, immigration clandestine, législation sur les armes à feu: les thèmes «classiques» ont été abordés, mettant en exergue les positions plus à gauche de Bernie Sanders. Les pressions augmentent d'ailleurs sur le candidat socialiste pour qu'il abandonne la partie, mais il s'accroche, n'étant pas du genre à renoncer facilement. Or un récent sondage de NBC démontre clairement que s'il maintient son électorat de base - environ 32% -, Joe Biden semble rafler les voix des électeurs de ceux qui ont quitté la course à la Maison-Blanche. Y compris les soutiens d'Elizabeth Warren, plus à gauche.

Joe Biden est de plus en plus perçu par les démocrates comme celui qui a le plus de chances face à Donald Trump. Après un début de campagne plutôt mauvais, certains le disaient politiquement mort. Mais il a opéré une véritable résurrection politique depuis le «Super Tuesday» du 3 mars. 

Une femme vice-présidente

Lors de ce onzième débat démocrate depuis le début de la campagne, Joe Biden s'est pour la première engagé clairement à choisir une femme pour briguer la vice-présidence s'il devient le candidat officiel du parti. Très vite, les noms de Kamala Harris, d'Amy Klobuchar et d'Elizabeth Warren viennent à l'esprit. Bernie Sanders lui a emboîté le pas, mais de façon un peu moins convaincante. Tous deux ont par ailleurs promis qu'ils soutiendront celui qui remportera l'investiture du parti. «J'ai toujours dit, dès le premier jour, que Donald Trump était un menteur pathologique, un raciste, qui ne semble avoir aucun respect pour la Constitution, et que notre objectif principal est bien de le combattre pour le déloger de la Maison-Blanche», a réagi Bernie Sanders. 

Alors que de nouvelles primaires auront lieu mardi (Arizona, Floride, Ohio et Illinois), deux Etats, la Louisiane et la Géorgie, ont fait savoir qu'ils repousseront les leurs. L'épidémie de Covid-19 a déjà passablement perturbé la campagne présidentielle, les candidats, Donald Trump y compris, ayant dû supprimer des meetings. Les bénévoles renoncent également à faire du porte-à-porte. Pour Bernie Sanders, déjà en perte de vitesse, cela représente un coup dur: ses rassemblements démontrent qu'il parvient à galvaniser les foules, avec beaucoup de jeunes. D'ailleurs, il le clame haut et fort: celui qui a gagné le «débat générationnel», c'est lui.

Désormais, la campagne se fera autrement. Avec une question principale: Bernie Sanders va-t-il abandonner la course au profit de l'ancien vice-président avant l'été? Les prochaines primaires risquent bien de consolider encore plus l'avance de Joe Biden.