Il devait entamer son troisième mandat parlementaire le 1er février. Mais Jean Wyllys jette l’éponge. Le seul député ouvertement homosexuel du parlement brésilien (Parti socialisme et liberté, PSOL) a invoqué jeudi rien moins que des menaces de mort. Dans la foulée, celui qui était devenu le principal porte-parole des minorités LGBT+ a annoncé qu’il choisissait l’exil, ne se sentant plus en sécurité dans le Brésil du leader d’extrême droite Jair Bolsonaro. «Il a toujours mobilisé l’homophobie contre moi, a confié jeudi l’intéressé à la Folha de São Paulo. Depuis son élection, le niveau de violence contre les minorités a drastiquement augmenté.»

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Des violences qui augmentent

Jean Wyllys avait été élu pour la première fois au parlement en 2010. En 2015, le magazine The Economist le retenait parmi les 50 personnalités mondiales œuvrant pour la diversité. Cet universitaire s’était fait connaître dix ans plus tôt en sortant vainqueur du show de téléréalité de TV Globo. Et cela, même après avoir révélé son homosexualité à l’antenne.

Sa victoire avait été perçue comme le signe d’un recul des préjugés dans un pays encore très homophobe. Le Brésil passe pour le pays où meurent le plus grand nombre de LGBT+: 387 assassinats et 58 suicides en 2017. Mais les mentalités évoluent. Selon un sondage publié en octobre dernier, 74% des Brésiliens – soit dix points de plus qu’il y a quatre ans – estiment que l’homosexualité doit être acceptée. C’est même l’avis de 67% des électeurs de Bolsonaro. Si le président jure désormais n’avoir «rien contre les homosexuels», il s’est toujours farouchement opposé, en tant que parlementaire (il a été député pendant vingt-sept ans), aux tentatives de la gauche de faire avancer leurs droits. «Je serais incapable d’aimer un fils homosexuel, lâchait-il en 2011. Je préférerais qu’il meure plutôt que de le voir avec un moustachu…»

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Avant même son élection, les violences homophobes se déchaînaient. La Fondation Getulio Vargas a recensé une forte hausse de mentions d’agressions contre les LGBT+ sur les réseaux sociaux avant le second tour du 27 octobre qui l’a opposé au candidat du PT, Fernando Haddad.

Un contentieux personnel

En campagne pour Bolsonaro, les pasteurs évangéliques ont appelé leurs ouailles à ne pas «commettre le péché de voter pour la gauche», invoquant des projets de loi dont Jean Wyllys est l’auteur, comme le droit au remboursement des opérations de changement de sexe, la dépénalisation de l’avortement et la réglementation de la prostitution. Le député revendique également comme une victoire personnelle la légalisation par la Cour suprême, en 2011, de l’union stable entre personnes de même sexe. Depuis, il se dit visé par une campagne de diffamation. Il a aussi un contentieux personnel avec Bolsonaro. En 2016, lors du vote de l’ouverture de la procédure d’impeachment contre l’ex-présidente Dilma Rousseff, ancienne victime de la dictature (1964-1985), Jean Wyllys a craché à la figure de Jair Bolsonaro, qui avait voté oui en osant rendre hommage au chef du principal centre de torture, le colonel Brilhante Ustra.

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Le coup de couteau dont le candidat d’extrême droite a été victime en septembre, en pleine campagne, «a attisé la violence contre moi», a encore assuré le député. Jusqu’à l’assassinat de sa camarade de parti, la conseillère municipale Marielle Franco, en mars 2018, Jean Wyllys ne prenait pas au sérieux les menaces de mort dont il faisait alors l’objet. Aujourd’hui, il dit craindre les fanatiques religieux autant que les paramilitaires accusés de cette exécution. Depuis, il a obtenu une escorte policière. Sans pour autant se sentir protégé.

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«Il n’est pas normal qu’un député renonce à son siège pour préserver sa vie», condamne, dans le journal O Globo, l’éditorialiste Flavia Oliveira, qui parle d’une défaite de la démocratie. Et de tacler Jair Bolsonaro qui, par l’ironie ou le silence, n’a pas fait cas de «l’auto-exil d’un parlementaire». Son vice-président, Hamilton Mourão, s’est montré plus républicain: «Celui qui menace un parlementaire commet un crime contre la démocratie», a déclaré ce général de réserve. Jean Wyllys sera remplacé par un suppléant aussi pugnace que lui, David Miranda, activiste gay lui aussi.