Changement de cap majeur vendredi à Bruxelles: l’intervention militaire à but «humanitaire» présentée encore la veille comme un «scénario» a commencé à prendre forme.

Réunis en Hongrie en présence de la haute représentante de l’Union européenne, Catherine Ashton, et du secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, les ministres de la Défense des Vingt-Sept ont confirmé vouloir «tout mettre en œuvre» pour accélérer le départ des ressortissants européens de Libye. Dans l’après-midi, 3600 personnes avaient déjà été rapatriées selon l’UE, qui estime entre 5000 et 8000 le nombre d’expatriés qui restent bloqués à travers le pays.

La mise en œuvre d’importants moyens militaires, maritimes et aériens, s’est confirmée tout au long de la journée. Avec pour épicentre le port «libéré» de Benghazi, où une frégate britannique a accosté jeudi, et les postes frontière avec la Tunisie et l’Egypte, où des équipes humanitaires de la Commission européenne ont pris position en prévision d’arrivées massives, notamment de travailleurs asiatiques et africains.

Accords sur le gel des avoirs

Sur le papier, l’intervention militaire à but humanitaire reste très floue. La zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye, partielle ou totale, serait la première étape. Les diplomaties européennes continuent toutefois de plaider pour que celle-ci se fasse sous mandat du Conseil de sécurité de l’ONU. Une option jugée possible depuis que le premier ministre russe, Vladimir Poutine, a, jeudi à Bruxelles, affirmé qu’il considérait un chaos à Tripoli comme une «menace». Simultanément, un accord des Vingt-Sept est intervenu pour geler les avoirs d’une liste de dignitaires libyens et confirmer l’embargo sur les armes.

La question des ressortissants est cruciale. Le scénario cauchemar de civils européens pris en otage par le régime aux abois est celui qui préoccupe le plus l’UE. L’autre question est celle du pilotage des opérations. De manière surprenante, l’OTAN a convoqué une réunion d’urgence à Bruxelles pour en discuter alors que son secrétaire général avait écarté jusque-là l’idée d’une intervention de l’Alliance.