Une centaine de personnes se sont rassemblées samedi devant la mairie de Chalamont, dans la Dombes (Ain), pour s’opposer au projet d’un élevage industriel de 40 000 poulets. La structure, pilotée par un jeune agriculteur local, travaillera pour le groupe LDC (Le Gaulois, Maître Coq, Loué) qui emploie 17 000 personnes dans l’industrie agroalimentaire française. Le permis de construire a été délivré fin mai, la commune a donné un avis favorable, mais plusieurs associations et syndicats agricoles veulent en empêcher l’ouverture.

LPEA (Lumière sur les pratiques d’élevage et d’abattage) a lancé une pétition en ligne qui a déjà recueilli plus de 50 000 signatures. «Nous dénonçons des conditions effroyables, une densité de peuplement de 22 poulets au mètre carré, soit une feuille A4 par animal», indique LPEA. Selon l’association, «les animaux ne verront jamais la lumière du jour ni un brin d’herbe, ils sortiront du hangar au bout de 35 jours pour aller directement à l’abattoir». «Le plus incroyable, s’insurge LPEA, est qu’il est dit dans le dossier que 34 morts sont annoncés quotidiennement.»

Contraire au fleuron de la Dombes, la volaille de Bresse

De son côté, la Confédération paysanne de l’Ain estime que ce projet est «un affront au bon sens alors que le territoire de la Dombes fait l’objet d’une dynamique de labellisation en Parc naturel régional en raison de l’exception de ses paysages, de ses étangs et de la diversité de ses activités agricoles fermières».

Contacté par Le Temps, le porte-parole du syndicat, Samuel Pertreux, s’interroge: «Comment ce département capable de mettre en valeur les productions fermières de plein air, l’élevage en agriculture biologique et son fleuron, la volaille de Bresse, peut-il être à ce point schizophrène en permettant à des élevages industriels de continuer à s’implanter?»

Il est notoire que la Confédération paysanne entretient de mauvaises relations avec des associations de type LPEA ou L214, qualifiées de «jusqu’au-boutistes et de menace pour les éleveurs». Mais à Chalamont, le projet contesté des 40 000 volailles a fédéré les uns et les autres. «La France importe des poulets d’Amérique latine, notre intérêt est donc que l’on encourage la production locale, mais pas à n’importe quelle condition. Nous soutenons l’élevage paysan qui respecte l’animal», insiste Samuel Pertreux. Le Temps a sollicité le groupe LDC qui n’a pas donné suite.

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Projets identiques en Suisse

En Suisse, un projet quasi identique à Bonfol, dans le Jura, a récemment défrayé la chronique. Un bâtiment prévu pour accueillir 20 000 poulets verra le jour en dépit d’un recours déposé par Pro Natura, que le Tribunal fédéral a rejeté le 10 juillet. Fabien Truffer, porte-parole de l’association PEA (Pour l’égalité animale), indique: «Faire avancer les choses demeure difficile. Les autorisations d’exploitation sont le plus souvent obtenues malgré les conditions d’élevage que l’on sait intolérables dans ces élevages industriels, où il est clairement question de sélection génétique et de pourcentages de «déchets» tolérés.»

Par ailleurs, une halle d’engraissement recevra début 2018 à Coffrane (NE) 600 taureaux sur une surface d’un hectare. Un projet d’une ampleur inédite en Suisse romande, jugé démesuré par ses opposants qui dénoncent une «usine à viande».