Flambée de violence en Irak, décision unilatérale israélo-américaine sur le Proche-Orient: les ambitions internationales de la diplomatie européenne sont mises à rude épreuve. La réunion informelle vendredi et samedi des ministres des Affaires étrangères des Vingt-Cinq à Tullamore en Irlande tombait donc à pic pour tenter de définir un mode d'action européen face à cette nouvelle donne.

Le dossier le plus lourd de cette rencontre – dont les hôtes irlandais ont voulu à toute force qu'elle soit importante – est sans conteste le plan du premier ministre israélien Ariel Sharon pour un retrait unilatéral de la bande de Gaza. Son approbation, mercredi, par George Bush met à mal tous les efforts européens dans la région. Bruxelles est en effet membre du «quartette» qui parraine, avec Moscou, Washington et les Nations unies, la quête d'une solution négociée entre Israël et les Palestiniens. L'Union européenne est aussi à l'origine de la «feuille de route», qui devait servir de «vade mecum» à une recherche de la paix et dont beaucoup se demandent aujourd'hui si elle n'est pas tout simplement bonne à jeter.

Dès lors l'Union avait le choix: soit elle se fâchait, prenant ouvertement ombrage du passage en force des Etats-Unis et d'Israël en envoyant valser le difficile processus dans lequel elle est engagée; soit elle tentait de revenir dans le jeu par la diplomatie. «Soit on se roule par terre et c'est l'Europe qui casse le «quartette», soit on essaie d'utiliser ce qui existe comme instruments de coordination internationaux», résumait vendredi un diplomate. Même si certains pays n'ont pas caché leur irritation, «personne ne semble prêt à se lancer dans une politique du pire ni ne veut maintenant d'un affrontement transatlantique», a souligné cette même source. D'où l'idée, lancée ce vendredi à Tullamore, de convoquer très prochainement une réunion de haut niveau du «quartette», peut-être à Berlin le 28 avril, comme l'a suggéré Javier Solana, le haut représentant pour la politique étrangère de l'Union.

Solution définitive «négociée»

En clair, les Européens vont tenter de toutes leurs forces de concilier le plan Bush-Sharon avec la «feuille de route». Si, à l'exemple du Britannique Jack Straw, certains saluent l'idée d'un retrait de Gaza, les chefs de la diplomatie des Vingt-Cinq tiennent également à souligner qu'il ne peut y avoir de solution définitive que «négociée» et veulent poser des conditions au départ des Israéliens. «Le fait est qu'Israël doit faire la paix avec ses ennemis, pas avec ses amis, a rappelé Brian Cowen, le ministre irlandais des Affaires étrangères. Les entretiens entre les Etats-Unis et Israël ne remplacent pas les négociations directes qui doivent se tenir.»

Si l'accord israélo-américain met à mal l'Union, certains des ministres des Affaires étrangères pourraient au contraire plastronner au vu des développements en Irak. L'insécurité actuelle correspond en effet à celle que les Allemands et les Français avaient prédite à la veille de la guerre. Pourtant nul n'y songe, et l'Allemand Joschka Fischer a reconnu à l'instar de Jack Straw que la situation sur le terrain était terriblement complexe: plus compliquée encore que la guerre du Vietnam aurait dit, selon un observateur, Jack Straw à ses pairs. La situation irakienne inquiète, l'Europe ne veut pas se lancer dans l'inconnu, en tout cas pas sans une nouvelle résolution de l'ONU – que les Européens ont réclamé hier – afin d'accroître, comme ils l'ont toujours demandé, la légitimité de l'action internationale sur le terrain.