revue de presse

De la prison de Bochuz à Cannes, les Pink Panthers font leur retour

Le vol de 40 millions d’euros de bijoux ou à peu près (les autorités ne sont pas encore sûres*) hier au Carlton de Cannes est-il lié à la spectaculaire évasion de la prison de Bochuz vendredi? La presse internationale ausculte le gang des Pink Panthers

* Mise à jour le 30.07.2013 Le butin a finalement été évalué en fin de journée lundi 29 à 103 millions d’euros, soit 130 millions de francs. Le casse de Cannes rejoint donc, dans les annales des braquages record, celui du Diamond Center d’Anvers en 2003, au butin estimé à une centaine de millions d’euros considéré jusqu’à présent comme un record mondial.

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Ce n’est pas tous les jours que les médias du monde s’intéressent à une prison suisse. Mais l’évasion spectaculaire d’un ressortissant bosniaque de 34 ans, et d’un Suisse de 52 ans de la prison de Bochuz ce vendredi ne pouvait pas manquer de retenir l’attention de la BBC, du Huffington Post version américaine, ou même de la télévision indienne NDTV. La kalachnikov, les échelles, la camionnette, la rapidité de l’exécution… Les propos de Béatrice Métraux – «ce n’était pas une évasion, c’était une invasion» – ont fait le tour du monde. «Digne d’une scène de film», écrit l’américain Inquisitr. C’est la troisième évasion d’un Pink Panther d’une prison suisse en quelques mois, remarque le HuffPo, qui cite l’évasion de Bois-Mermet en mai de deux autres membres du gang. Les Pink Panthers, qui ont une «faiblesse» pour les montres de prix ont organisé près de 340 cambriolages de boutiques de luxe en Europe, au Proche-Orient, en Asie et aux Etats-Unis depuis 1999 et engrangé ainsi plus de 330 millions d’euros, selon Interpol cité par le Telegraph. Le gang est connu pour la «créativité» de ses actions, explique la BBC, qui rappelle aussi que les Pink Panthers sont ainsi surnommés depuis que la police a trouvé dans un pot de crème pour le visage une bague en diamants, comme dans le film de Peter Sellars de 1975 mettant en scène l’improbable inspecteur Clouzeau – c’est d’ailleurs le maladroit Français qui illustre l’article de la BBC, ce qui montre au passage combien les malfaiteurs jouissent grâce à ce sympathique surnom d’une image de marque pas si négative…

Et ce n’est pas le vol de ce week-end à Cannes qui prouvera le contraire, ce vol pour près de 40 millions d’euros de bijoux, en plein jour, insiste Nice Matin, exposés par le joaillier et diamantaire Leviev au Carlton de Cannes. «Pas un coup de feu n’a été tiré, personne n’a été blessé, et le voleur a empoché 40 millions d’euros», explique la BBC. «Un homme armé est entré dans un hôtel de luxe de la Riviera française dimanche matin, se jouant des agents de sécurité et des clients huppés, et est reparti avec un butin de peut-être 50 millions de dollars», raconte le New York Times. Le vol est survenu au Carlton Intercontinental sur la Croisette, ce «terrain de jeu pour les riches et célèbres». Selon Le Parisien, «il ressort des premières investigations que l’individu est entré directement et discrètement par la façade de la Croisette, au nez et à la barbe des services de sécurité. Selon nos informations, l’homme se serait glissé par une fenêtre entrouverte, puis aurait réclamé les bijoux au moment où ils étaient transférés des coffres à leur lieu d’exposition. Dans sa fuite à pied dans les rues bondées, le voleur aurait laissé tomber une partie de son butin.» Un vrai film. Avec le décor hollywoodien à souhait, le Carlton: c’est justement là que Hitchcock a tourné «To Catch a Thief» («La Main au collet», titre français), l’histoire d’une voleuse de bijoux sur la Riviera, reprend le New York Times, un film plutôt léger et pétillant comme du champagne avec Cary Grant et Grace Kelly… Quand la réalité rattrape la fiction. «Et il intervient quelques jours après l’évasion de Pink Panthers d’une prison suisse», continue le New York Times. Nous y sommes.

Un lien est aussi établi par le site américain Inquisitr: «Le vol a toutes les apparences d’une opération très bien organisée et parfaitement menée. Est-il possible que le fuyard du pénitencier d’Orbe et ses acolytes aient planifié le cambriolage de Cannes et réussi vraiment à le réaliser? Est-ce pure coïncidence si le vol a eu lieu quelques jours à peine après l’évasion du membre des Pink Panthers?»

Ce qui est certain, c’est que Cannes est une cible privilégiée des bandits cette année, avec deux autres vols à forte visibilité pendant le festival du film, reprend le New York Times. «Dans le premier, les voleurs ont emporté 1 million de dollars de bijoux du Suisse Chopard depuis le coffre d’une chambre d’hôtel. Pour l’autre, les voleurs ont déjoué la vigilance de 80 agents de sécurité en emportant un collier de diamants De Grisogono, un autre bijoutier suisse, d’une valeur de 2 millions d’euros, au prestigieux Cap d’Antibes.» Des vols toujours pas résolus, reprend le Financial Times.

«Pourquoi vont-ils tous à Cannes? Parce que c’est là que vont les fortunés», selon Jonathan Sazonoff, responsable du site américain du Réseau de la sécurité des musées et une voix reconnue en matière de crime à fort butin, cité dans le Washington Post. Mais le vol de dimanche est d’une autre ampleur. «C’est un vol énorme, et à chaque fois qu’on évoque des millions de dollars, cela tourne les têtes et nourrit l’imagination», continue le spécialiste. Pour lui, la probabilité de retrouver les diamants volés est faible, parce qu’ils sont facilement revendables. «On peut facilement casser de grosses pierres de bonne qualité en plus petites et donc elles sont facilement dissimulables et vendables.»

Bochuz-Cannes, même signature? «Le vol de diamants de prix est exactement ce que font les Pink Panthers, donc ce n’est pas exagérer d’imaginer qu’ils sont de nouveau sur le sentier de la guerre. On va assister à une vague de crime», toujours selon Jonathan Sazonoff. Cannes, attention: des ventes analogues à celle du Carlton sont programmées très prochainement au Majestic et au Marriott, deux autres grands hôtels de la Croisette, prévient Le Parisien

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