Cachée dans les collines boisées du nord de Pékin, la prison de Qinsheng, son grand portique chinois encadré par deux gardes, est le lieu où, selon toute vraisemblance, l’ancien membre du puissant Bureau politique du PC chinois, condamné dimanche à la perpétuité pour corruption et abus de pouvoir, va effectuer sa peine.

Qinsheng est entourée de hauts murs gris, mais aucun barbelé ni mirador ne sont visibles de l’extérieur.

«C’est comme un hôtel cinq étoiles», dit, non sans ironie, Bao Tong, l’ex-secrétaire du comité permanent du bureau politique du PC chinois, qui y a passé sept ans pour s’être opposé à la répression du mouvement pro-démocratique en 1989 sur la place Tiananmen.

La prison, qui a hébergé pratiquement tous les hauts responsables communistes emprisonnés depuis les années 1960, dispose de cellules assez spacieuses, dotées de lits confortables, d’un divan, d’un bureau et d’une salle de bain, racontent des anciens.

«J’ai été agréablement surprise quand j’ai découvert ma pièce», se souvient Dai Qing, la fille adoptive du maréchal Ye Jianying. Elle a passé 10 mois à Qinsheng pour avoir soutenu le mouvement de Tiananmen, raconte-elle dans une description écrite envoyée à l’AFP.

Elle y décrit sa cellule comme faisant environ 20 m2, «avec un haut plafond… et même une salle de bain». Quant aux gardiens, ils l’ont traitée «avec chaleur et attention» et le chef de la prison «me rappelait mon vieux maître d’école».

Les détenus s’habillent comme ils l’entendent, ont du lait au petit déjeuner et un choix de soupes et de plats au déjeuner et au dîner, racontent les «anciens».

En cuisines, certains chefs qui officiaient dans l’un des meilleurs hôtels de Pékin préparent des plats «de niveau ministériel», selon le quotidien officiel Beijing Times.

L’information sur la prison – qui n’apparaît sur aucune carte chinoise – est strictement contrôlée, mais des bribes ont fait surface.

L’ancien maire et chef du PC de Shanghai, Chen Liangyu, emprisonné pour corruption en 2008, portait en prison un costume occidental et y pratiquait le tai-chi, selon un journal de Hongkong.

Qincheng a été agrandie l’an dernier et un ancien mur abattu pour faire place à «des pavillons, des arbres et de la pelouse comme dans un jardin chinois», a indiqué un hebdomadaire financier, Caijing.

Une description très éloignée des prisons ordinaires en Chine, où les détenus entassés sont nourris d’une pitance élémentaire et travaillent parfois à la fabrication de produits exportés.

«Qincheng réserve le meilleur traitement de toutes les prisons en Chine», estime Chen Zeming, un universitaire qui y a passé plusieurs mois sous l’accusation d’avoir organisé les manifestations à Tiananmen.

La «Bande des quatre», la fraction politique dirigée par l’épouse de Mao Tsé-toung, Jiang Qing, a été envoyée à Qinsheng après son procès de 1982, et les autorités de la prison y traitaient alors les «grandes figures» du PC mieux que les militants de Tiananmen, dit Chen Zeming. «Certains détenus avaient le droit de cultiver des légumes. Plus tard, j’ai réalisé que l’un d’eux était Yao Wenyuan», l’un des «quatre», membre du bureau politique sous Mao (1966-1976).

Bâtie avec l’aide soviétique dans les années 1950, Qincheng est la seule prison directement administrée par la Sécurité d’Etat et non, comme les autres, par l’autorité judiciaire.

«La prison est directement contrôlée par le comité central du PC», explique Bao Tong, selon qui «la situation des détenus fait l’objet d’un rapport quotidien» à l’organe dirigeant.

Les agents de la sécurité se tenaient devant sa cellule en permanence et notaient chacun de ses changements de position, raconte-t-il. Dai Qing écrit qu’elle faisait l’objet d’une surveillance constante.

Fils d’une des figures de la révolution communiste, Bo Xilai, qui jouit encore d’un certain soutien au sein du PC chinois, n’a rien à craindre, disent les anciens détenus.

«Bo Xilai ne sera pas maltraité […] Il aura de longues périodes où il pourra respirer l’air en dehors de la prison et communiquer avec d’autres», dit Chen Zemin.

Et Bao Tong d’ajouter: «Si Bo Xilai veut danser toute la journée et si le parti est d’accord, il pourra danser toute la journée.»

Les hauts dirigeants détenus à Qincheng sont souvent relâchés pour raison médicale et assignés à résidence des années avant l’expiration de leur peine, selon des informations jamais confirmées officiellement.

La veuve de Mao aurait ainsi vécu ses dernières années dans une villa de la banlieue de Pékin en résidence surveillée.

«Après deux ans, ils diront que Bo est malade et il sera relâché et vivra près d’un lac ou au bord de la mer», prédit Bao Tong.