Un tribunal antiterroriste pakistanais a condamné jeudi à la prison à vie dix hommes pour la tentative d’assassinat en 2012 de la jeune Malala Yousafzaï. La récipiendaire du prix Nobel de la paix avait été attaquée en rentrant de l’école.

La jeune militante pour le droit à l’éducation avait réchappé in extremis en octobre 2012 à cette tentative de meurtre des talibans pakistanais du TTP alors qu’elle rentrait de l’école dans sa ville natale de Mingora, située dans le nord-ouest du Pakistan.

L’armée pakistanaise avait lancé en juin une vaste opération contre les talibans du TTP et d’autres djihadistes liés à Al-Qaïda. En septembre, elle avait annoncé l’arrestation de dix suspects qui avaient aussitôt été transférés à un tribunal antiterroriste local.

«Ces dix assaillants impliqués dans l’attaque contre Malala Yousafzaï ont été condamnés à la prison à perpétuité», a affirmé un haut responsable au tribunal antiterroriste de Mingora ayant lu la décision du juge Mohammad Amin Kundi.

«Chacun d’eux a reçu en fait une peine de 25 ans de prison», ce qui correspond à la prison à perpétuité dans le droit pakistanais, a précisé un autre responsable requérant aussi l’anonymat par crainte d’être la cible de représailles des talibans pakistanais.

Une balle dans la tête

Les autorités pakistanaises avaient toutefois indiqué en septembre dernier que l’homme ayant directement ouvert le feu sur l’adolescente s’était, lui, réfugié de l’autre côté de la frontière, en Afghanistan, comme de nombreux cadres des talibans pakistanais du mollah Fazlullah.

Le 9 octobre 2012, des djihadistes du TTP avaient fait irruption dans le bus scolaire de Malala à la sortie des classes. L’un d’eux avait demandé qui était Malala avant de lui tirer une balle dans la tête.

Mais le projectile avait ricoché sur le coin gauche du crâne pour ressortir par la nuque. Entre la vie et la mort, l’adolescente avait été évacuée d’urgence dans un hôpital de Birmingham, en Grande-Bretagne, où elle avait repris conscience quelques jours plus tard.

Loi sanglante des talibans

Cet assaut contre l’adolescente alors âgée de 15 ans - elle en a aujourd’hui 17 - avait suscité l’émoi à travers le monde et la controverse dans son Pakistan natal, adepte des théories conspirationnistes. Les cercles islamistes l’accusent de «jouer le jeu» de l’Occident afin de «profaner» la religion musulmane.

Malala avait commencé son combat en 2007. Les talibans imposaient alors leur loi sanglante dans sa vallée de Swat, autrefois paisible région touristique des contreforts de l’Himalaya.

Du haut de ses 11 ans, cette fille très influencée par son père, directeur d’école, mais dont la mère est illettrée, alimentait un blog sur le site de la BBC en ourdou, la langue nationale du Pakistan. Sous le pseudonyme de Gul Makai, elle y décrit le climat de peur régnant dans sa vallée.

Icône mondiale

Le nom de cette gamine pleine de sang-froid, amoureuse des livres et du savoir, a alors commencé à circuler à Swat, puis dans le reste du pays lorsqu’elle a remporté un prix national pour la paix. Ce n’est qu’après l’agression que la jeune militante pour le droit des filles à l’éducation a été propulsée icône mondiale de la lutte contre l’extrémisme.

Au point de remporter en octobre dernier le prix Nobel de la paix, conjointement avec l’Indien Kailash Satyarthi. En raison des menaces qui pèsent toujours sur elle au Pakistan, la plus jeune «nobélisée» de l’Histoire poursuit en Angleterre ses études et son combat pour l’éducation et contre l’extrémisme à travers le monde.