L’Europe ne sort pas grandie du pugilat verbal entre Bruxelles et Paris. Pire: le fait que l’ultime passe d’armes entre le président français et la Commission au sujet des Roms se soit déroulée lors d’un sommet consacré aux grands pays émergents, en dit long sur le fossé qui continue de séparer les priorités domestiques de l’Union de ses impératifs internationaux.

Le psychodrame autour des Roms est d’autant plus problématique qu’il repose, de part et d’autre, sur un refus de la réalité. La France, et Nicolas Sarkozy lui-même savaient fort bien que l’intégration dans l’UE de pays bien plus pauvres que la moyenne, comme la Roumanie et la Bulgarie, entraînerait des difficultés. La Commission, pour sa part, ne peut pas crier à la discrimination en évoquant, aussitôt, la Seconde Guerre mondiale, repoussoir absolu. La vérité est que José Manuel Barroso aurait dû parler plus fort et plus vite. Ses fonctionnaires chargés de l’intégration des Roms auraient dû interroger Paris plus tôt, voire se déplacer. La surenchère, redoutable en matière de sécurité et de minorités, aurait dû être évitée.

Nicolas Sarkozy a allumé la mèche. Mais voilà que le feu, maintenant, risque d’être dévastateur dans l’opinion et sur le terrain, de la France aux rives de la mer Noire. La stigmatisation des Roms risque de s’aggraver. Les questions sur les fonds dépensés pour eux par l’UE vont se multiplier. Le prix à payer sera, pour l’UE à 27, un surcroît de peur et de doute. Deux écueils de plus, pour une Europe déjà «mal dans sa peau» mondiale.