Budapest-Belgrade, c'est l'équivalent en distance de Genève-Zurich. Entre les deux capitales, une route, des habitudes, une population en commun. Serbes et Magyars se partagent (avec d'autres minorités plus dispersées) la Voïvodine yougoslave. Les Belgradois vont faire des courses ou prendre des avions à Budapest. La frontière, en temps normal, en est à peine une. Or maintenant, la Hongrie est membre de l'OTAN, elle a une base américaine sur son territoire, et c'est la guerre avec la Serbie. Cette frontière, si fréquentée, est porteuse de tous les dangers.

Des milliers de Magyars de Voïvodine sont partis en Hongrie ces dernières années pour éviter l'enrôlement dans l'armée yougoslave. La Hongrie les protège. Elle se sent responsable des 700 000 personnes qui parlent sa langue dans la Voïvodine. Cette protection a été efficace depuis l'irruption de la crise il y a dix ans: jusqu'ici, la Voivodine a été épargnée. C'est pourquoi le bombardement des ponts de Novi Sad, sa capitale, a saisi les Hongrois d'effroi. La route Budapest-Belgrade interrompue!

Depuis un mois, pour la Hongrie, la guerre n'est plus une abstraction. L'appartenance toute neuve à l'OTAN, qui passait pour un certificat d'honneur et de bonne conduite, a un prix, élevé. Un prix d'angoisse.

Le gouvernement multiplie donc les précautions. Il a fait savoir le plus poliment possible aux stratèges de l'OTAN qu'il ne serait pas possible d'utiliser le territoire hongrois comme base arrière pour des opérations terrestres. Nous soutenons votre action, leur dit-il, mais nous ne voulons pas y participer directement.

A la prudence, s'ajoute de l'amertume: plutôt que de réclamer la modification des frontières pour récupérer les zones magyares de Roumanie et de Yougoslavie, comme elle l'avait fait dans les années 30 avec un résultat désastreux, la Hongrie de 1989 a suivi à la lettre la convention du Conseil de l'Europe sur les droits des minorités. La démocratisation et la bonne entente dans l'ensemble de la région feraient le reste. Malheureusement, Slobodan Milosevic a suivi la voie inverse. Contre l'Europe. Son rêve de grande Serbie bouleverse les plans de la Hongrie, qui ne veut plus être grande, mais démocratique.

Erratum: Une coupe malencontreuse nous a fait écrire hier que les pays Baltes auraient conquis leur indépendance sur la Pologne! Pardon à la Pologne! C'est de la Russie tsariste qu'ils se sont dégagés dans les années où celle-ci s'effondrait.