L'otage suisse Béatrice Stockly a été tuée

Enlevée il y a quatre ans au Mali, la missionnaire évangélique bâloise Béatrice Stockly a été tuée par ses ravisseurs, des membres du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), organisation issue d'Al-Qaïda.

Les autorités françaises ont appris sa mort par l’intermédiaire de l'otage française Sophie Pétronin, libérée jeudi. Elles ont informé la Suisse vendredi après-midi que l'otage suisse était décédée, écrit le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

La victime était active depuis des années comme missionnaire à Tombouctou, et avait déjà été kidnappée une première fois en 2012 par des islamistes.

Les circonstances exactes de l'assassinat, commis il y a un mois, ne sont pas encore claires. Le DFAE a déclaré qu'il fera tout son possible pour rapatrier le corps. Pour ce faire, il tentera de se rapprocher du nouveau gouvernement de transition au Mali. ATS

Enfin libre! Après quatre ans de détention, l’otage française Sophie Pétronin a atterri, vendredi, sur la base française de Villacoublay, où elle a été accueillie par le président Emmanuel Macron. Elle était accompagnée par son fils Sébastien Chadaud, établi à Neuchâtel, qui s’est démené pour obtenir sa libération, dénonçant la passivité de la France.

Paris se défend, invoquant la nécessaire discrétion de telles négociations. La dernière otage française dans le monde a bénéficié des pourparlers pour libérer le leader de l’opposition malienne, Soumaïla Cissé, enlevé alors qu’il faisait campagne pour les élections législatives au Mali en mars dernier. Les otages étaient aux mains du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), une alliance de groupes djihadistes affiliée à Al-Qaida.

L’enlèvement du politicien avait été le symbole de la faillite de l’Etat malien face aux djihadistes. La libération de l’opposant, que le gouvernement précédent était incapable d’obtenir, était réclamée par des manifestants de plus en plus déterminés et qui dénonçaient l’irrégularité des dernières élections législatives. Devançant la rue, des officiers maliens avaient finalement renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta mi-août.

Double succès

Les négociations pour libérer Soumaïla Cissé avaient commencé sous le précédent gouvernement mais c’est bien la junte au pouvoir à Bamako qui en tirera les fruits politiques. Pour les militaires maliens, il s’agit d’un second succès en quelques jours. Les pays ouest-africains viennent en effet de lever les sanctions économiques contre le Mali après le coup d’Etat du mois d’août. En échange, les militaires se sont engagés à organiser des élections d’ici une année et demie. Un gouvernement de transition a été nommé, mais les putschistes en occupent les positions clefs.

Agée de 75 ans, Sophie Pétronin avait été enlevée à Gao, dans le nord du Mali, le 24 décembre 2016. Cette humanitaire s’occupait d’une petite association franco-suisse d’aide aux enfants et avait déjà failli être enlevée en 2012. Elle avait été sauvée par le consulat algérien qui l’avait évacuée. Mais elle était rapidement revenue au Mali.

Pas de libération pour l’otage suisse

Deux ressortissants italiens, dont un prêtre, ont également été libérés. En revanche, la missionnaire évangélique bâloise Béatrice Stockly, enlevée en janvier 2016 à Tombouctou, est toujours aux mains du GSIM, comme plusieurs autres otages étrangers. Le Département fédéral des affaires étrangères dit ne pas avoir été impliqué dans les négociations qui ont abouti à la libération des quatre otages.

Cette libération avait été précédée par celle dès le week-end d’une centaine de prisonniers djihadistes ou de personnes accusées de soutien au terrorisme par les autorités maliennes. Ces détenus avaient été acheminés dans le nord du pays, laissant présager une libération imminente d’otages en échange. De vastes zones d’ombre entourent cet accord. Le nombre de prisonniers libérés par le Mali semble avoir augmenté ces derniers jours mais aucune liste officielle n’a été dévoilée.

«Sur les quelque 200 personnes libérées, il n’y a pas plus d’une vingtaine de djihadistes», affirme le journaliste, ex-collaborateur du Temps, Lemine Ould M. Salem, auteur de Le Ben Laden du Sahara: sur les traces du jihadiste Mokhtar Belmokhtar (La Martinière, 2014) et de L’Histoire secrète du djihad (Flammarion, 2018), se basant sur des sources locales crédibles. «Les autres sont soit des jeunes qui ont été raflés lors d’opérations des armées française ou malienne, soit des personnes sur lesquelles un numéro de téléphone d’un djihadiste a été retrouvé, soit des frères, cousins, amis ou voisins sinon de simples relations sociales.»

Forcément une rançon

Selon le journaliste, toute l’opération a été retardée suite à des désaccords sur la liste des détenus libérables par le Mali. Les Etats-Unis se seraient opposés à la libération de l’organisateur d’attentats en 2016 contre le complexe touristique du Grand-Bassam en Côte d’Ivoire et l’hôtel Splendid, à Ouagadougou, au Burkina Faso, attaque dans laquelle avait péri un Américain, tout comme les Valaisans Jean-Noël Rey et Georgie Lamon.

«Comme dans toute libération d’otages, le paiement d’une rançon a sans doute été nécessaire», continue Lemine Ould M. Salem, qui rapporte que des sources maliennes soutiennent que le Vatican a notamment versé «10 millions d’euros». Voilà pour une partie des coûts supposés. Pour les bénéfices, le Mali a obtenu la libération d’une figure nationale, ancien ministre, candidat malheureux lors des dernières élections présidentielles, et peut-être amené à devenir le futur président du pays. La France, enlisée dans la guerre contre les djihadistes au Mali malgré 5000 soldats sur place, s’est tiré une épine du pied, en récupérant Sophie Pétronin. En revanche, le calvaire continue pour les autres otages aux mains des djihadistes, dont la Suissesse Béatrice Stockly.