Depuis 1978, le Prix de la Fondation pour Genève honore des personnalités ou des institutions qui participent au rayonnement de Genève en Suisse et dans le monde dans les domaines scientifique, politique, économique, culturel ou humanitaire. Le Prix 2022 sera décerné ce soir au Victoria Hall au président du CICR, Peter Maurer, au cours d’une cérémonie ouverte au grand public. Le président Marc Pictet et la responsable du Prix pour le conseil de la fondation, Charlotte de Senarclens, évoquent les enjeux et missions poursuivis par la fondation. Interview croisée.

Le lauréat 2022 Peter Maurer est à la tête d’une institution qui incarne une Genève humaniste et ouverte sur le monde. Parlez-nous de votre choix du lauréat 2022?

Marc Pictet: Pendant ses dix ans à la tête du CICR, Peter Maurer a su faire évoluer l’institution pour répondre à des besoins humanitaires en constante augmentation. Avec ses équipes, il s’est engagé avec courage pour faire respecter le droit international humanitaire, ce droit même qui est né à Genève il y a 150 ans. Le CICR incarne à merveille les valeurs humanistes et humanitaires chères à notre ville. Ce sont des milliers d’hommes et de femmes qui, chaque jour, viennent en aide aux personnes victimes de conflits et de violence aux quatre coins du monde.

Charlotte de Senarclens: Lorsque nous avons contacté Peter Maurer pour lui annoncer sa nomination, sa première réaction a été de mentionner le travail extraordinaire de ses 18 000 collaborateurs. Nous avons été touchés par sa modestie et son humilité. Ces valeurs, ce sont celles que nous saluons avec ce Prix. Il nous a aussi impressionnés par sa capacité à projeter l’institution dans le XXI siècle afin qu’elle puisse répondre aux défis d’un monde en constante évolution.

Quel est le processus de sélection du candidat? Que souhaitez-vous délivrer comme message avec cette remise de Prix?

M. P.: A travers cet événement, nous souhaitons mettre en valeur le talent, l’engagement et la générosité d’une personnalité qui contribue au rayonnement de la Genève internationale. Et cela, en considérant tous les domaines, qu’ils soient humanitaires comme ce soir, culturels comme il y a deux ans, scientifiques, politiques ou encore économiques.

La première réaction de Peter Maurer a été de mentionner le travail extraordinaire de ses 18 000 collaborateurs

C. de S.: Le conseil de fondation se réunit pour choisir une personnalité ou une institution; plusieurs noms sont proposés et, comme cette année, une personnalité fait l’unanimité. Nous préparons ensuite longuement la cérémonie avec le lauréat pour faire en sorte qu’elle lui ressemble. C’est aussi un événement dédié aux Genevoises et aux Genevois et aux organisations internationales qui partagent avec nous cette vision. Nous cherchons en effet à construire des ponts entre la Genève internationale et la Genève locale, à rapprocher les Genevois des internationaux, et les internationaux des Genevois.

La cérémonie est retransmise en direct sur le site de nos partenaires et à la télévision sur Léman bleu. Un format digital que nous avons lancé en 2020, la pandémie nous ayant contraints. Cela nous permet de toucher une audience encore plus large, à Genève et dans le monde.

Plus globalement, quel est le but de votre fondation et comment s’implique-t-elle pour défendre les intérêts de la Genève internationale?

M. P.: La Fondation pour Genève agit au quotidien pour porter la voix des organisations internationales, des multinationales, des ONG ou encore des diverses institutions présentes à Genève. Pour vous donner quelques chiffres, la Genève internationale, ce sont 177 pays représentés dans notre ville à travers les missions diplomatiques, 39 organisations internationales majeures, et plus de 450 ONG. En temps normal, hors pandémie, on compte par ailleurs près de 4000 visites annuelles de chefs d’Etat, de ministres ou autres dignitaires. C’est un atout exceptionnel pour la Suisse et sa politique étrangère. Enfin, en termes économiques, la Genève internationale génère plus de 130 000 emplois si l’on prend en compte les multinationales, soit plus d’un tiers du marché du travail genevois.

C. de S.: Nous veillons aussi à relayer leurs préoccupations auprès de la ville, du canton et de la Confédération. Parvenir à attirer et conserver ces organisations implique une activité d’accueil soutenue. C’est un aspect fondamental de notre action. En soutenant le travail essentiel du Cercle international, du Club diplomatique ou du Centre d’accueil de la Genève internationale (CAGI), nous souhaitons faciliter l’accueil des nouveaux arrivants ainsi que les relations entre communautés internationales et locales. Nous mettons en réseau les ambassadeurs en poste à Genève, les dirigeants d’organisations internationales et de sociétés multinationales, avec les milieux académiques et les représentants des milieux locaux.

M. P.: Ce sont près de 100 bénévoles qui donnent de leur temps pour faciliter les échanges professionnels et amicaux entre Genevois et étrangers et rendre leur séjour dans notre ville agréable. N’oublions pas que ce sont aussi ces personnes-là qui deviendront nos «ambassadeurs» à l’étranger. C’est quelque chose de très précieux.

A travers cet événement, nous souhaitons mettre en valeur le talent, l’engagement et la générosité d’une personnalité qui contribue au rayonnement de la Genève internationale

Sur quel autre axe s’implique actuellement la fondation?

M. P.: La Fondation pour Genève est aussi un centre de réflexion sur la Genève internationale. Deux fois par année, nous publions des rapports qui visent à mesurer la vitalité de son activité, valoriser ses pôles de compétence, et fournir des recommandations pour les renforcer. Le 10 avril prochain, nous publierons ainsi notre première étude 2022 sur «La Genève internationale et l’urgence climatique». Un travail dont nous sommes particulièrement fiers puisqu’il est rédigé par Michel Jarraud, qui fut secrétaire général de l’OMM de 2004 à 2015.

C. de S.: L’urgence climatique, et plus largement les 17 Objectifs de développement durable, est au cœur de notre programme 2022. C’est aussi ce thème que Peter Maurer a souhaité mettre en avant ce soir. Le réchauffement climatique est un nouveau défi pour l’action humanitaire au XXIe siècle.


Prix de la Fondation pour Genève, les derniers lauréats

2020: Patrick Chappatte, dessinateur de presse.

2019: Philippe Burrin, directeur de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID).

2018: Françoise Demole, personnalité genevoise d’exception.

2017: Michael Møller, directeur général de l’Office des Nations unies à Genève.

2016: Elisabeth Decrey Warner, présidente et cofondatrice de l’Appel de Genève.

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