États-Unis

Le problème afro-américain de Donald Trump

Pour électriser sa base électorale blanche, le président s’en prend à des élus afro-américains sans craindre les accusations de racisme. Mais, parallèlement, il sait aussi s’entourer de célébrités noires

Une polémique en chasse une autre. Après s’en être violemment pris à l’élue musulmane d’origine somalienne Ilhan Omar, Donald Trump alimente une nouvelle controverse. Depuis plusieurs jours, c’est un autre élu du Congrès, l’Afro-Américain Elijah Cummings, de Baltimore, qui est victime des fléchettes empoisonnées du président des Etats-Unis.

Le congressiste a osé critiquer les conditions de détention des migrants mineurs à la frontière mexicaine. Mal lui en a pris: Donald Trump l’a aussitôt traité de «raciste» et accusé de faire du «très mauvais travail» pour les gens de sa circonscription de Baltimore, «un endroit très dangereux et sale», «infesté de rats», où «aucun humain n’aimerait vivre».

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Le révérend Al Sharpton aussi

Stratégie de campagne pour assurer sa réélection en 2020? En prenant des Afro-Américains pour cible, Donald Trump n’hésite pas à exacerber les tensions raciales qui divisent les Etats-Unis, conscient d’électriser ainsi sa base électorale, composée essentiellement de Blancs. Il n’en est pas à son coup d’essai. Bien avant d’être président, il était critiqué pour sa politique discriminatoire envers les Noirs comme promoteur immobilier. Ainsi que le fait remarquer à l’AFP Andra Gillespie, professeure associée de sciences politiques à l’Université Emory, la polémique actuelle prouve que l’élection d’un premier président noir en 2008 n’a pas été «la panacée pour résoudre les problèmes de l’Amérique sur la question raciale».

Baltimore est une ville à majorité noire, avec, comme dans beaucoup d’autres villes américaines, des quartiers difficiles où violences et drogues vont souvent de pair. D’autres municipalités ont été critiquées en des termes tout aussi peu mesurés par Donald Trump. C’est le cas de Chicago, la ville de Barack Obama. Un Barack Obama qui a d’ailleurs partagé sur Twitter une opinion signée par 149 Noirs ayant travaillé dans son gouvernement, inquiets de la rhétorique agressive du locataire de la Maison-Blanche et de la montée du racisme dans le pays. Lui-même a été la cible de l’abjecte campagne du «birtherism» alimentée par Donald Trump, qui remettait en question sa naissance aux Etats-Unis, et donc sa légitimité à exercer la fonction de président.

Donald Trump ne s’est pas arrêté à Elijah Cummings. Le révérend Al Sharpton, activiste de la défense des droits des Noirs, pour lequel le président a clairement «une dent contre les Noirs et les personnes de couleur», en a aussi pris pour son grade.

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Toute cette affaire n’est pas sans rappeler la polémique autour des «shithole countries», ou «pays de merde», de janvier 2018. Donald Trump avait évoqué en ces termes les immigrés africains, du Salvador et d’Haïti, accueillis aux Etats-Unis. Un groupe africain de l’ONU a condamné ces remarques «scandaleuses, racistes et xénophobes».

Mais Donald Trump sait jouer sur les deux tableaux. Comme pour compenser ses violentes accusations, il aime s’afficher avec des personnalités noires comme le golfeur professionnel Tiger Woods, le boxeur Mike Tyson et le basketteur Dennis Rodman. Ou encore le rappeur Kanye West.

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La défense d’un rappeur incarcéré

Il a aussi publiquement pris la défense d’un autre rappeur, A$AP Rocky, dont le procès s’est ouvert ce mardi en Suède. L’homme est accusé d’avoir participé à une bagarre dans les rues de Stockholm. Il a vécu les pires galères: un père emprisonné, un frère tué par balle, un séjour dans un home pour sans-abris avec sa mère. Il a aussi vendu de la drogue. Pas très exactement le genre de fréquentations de Donald Trump. Le soutien inconditionnel que le président lui porte n’en paraît que plus étonnant.

Donald Trump, qui continue à se dépeindre comme la «personne la moins raciste du monde», vient d’accuser la Suède de «mépriser» le sort des Noirs américains et a été jusqu’à dépêcher sur place son «envoyé spécial chargé des affaires d’otages». Mais pour l’instant, c’est bien l’électorat noir qui est otage de cette controverse issue de la polarisation extrême de la société américaine.

Et si cette polémique était finalement à l’avantage des démocrates? En 2016, les Afro-Américains s’étaient rendus coupables d’une très faible participation à l’élection présidentielle. Il pourrait en être autrement en 2020. Surtout si Donald Trump continue à les prendre pour cible. Les démocrates l’ont bien compris. L’indemnisation financière des descendants d’esclaves fait désormais partie de la plupart des programmes de leurs candidats.

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