Le candidat démocrate Barack Obama s'était heurté à un problème hispanique lors des primaires. Maintenant que sa rivale Hillary Clinton est hors course, les difficultés ont changé de camp. Le message du républicain John McCain peine à séduire une communauté échaudée par les récentes campagnes de son parti contre l'immigration. Le sénateur de l'Etat frontalier de l'Arizona a pu s'en rendre compte lors de son discours mardi devant les membres de Lulac, l'une des plus importantes organisations hispaniques du pays. «Les républicains n'ont jamais vu les Latinos d'un très bon œil, et McCain traîne visiblement ce problème avec lui», déclare Luis Velez, un habitant du Maryland venu écouter le candidat à Washington.

L'avance de Barack Obama

Les sondages confirment le malaise. Chez les Hispaniques, Barack Obama dispose de 30 points d'avance sur un John McCain qui patauge à 29% d'opinions favorables. «Le candidat démocrate vient à peine de lancer sa campagne dotée de plusieurs millions de dollars pour séduire les Hispaniques. C'est dire si cet avantage est considérable», a souligné Adam Segal, de l'Université Johns-Hopkins.

Qu'il semble loin, le temps où George Bush battait tous les records. En 2004, l'actuel président a conquis plus de 40% des voix hispaniques, en s'adjugeant un Grand Chelem dans cinq Etats clefs: la Floride, le Nouveau-Mexique, le Colorado, le Nevada et l'Arizona. Quatre ans plus tard, John McCain peut séduire du côté de la Floride avec son message de fermeté sur Cuba, mais il a beaucoup de fil à retordre sur ses terres du sud-ouest.

En quelques années, les républicains ont dilapidé le terrain gagné par George Bush. La guerre en Irak y a certes contribué fortement. Les conservateurs ont fait le reste. Ce secteur a bloqué deux projets de réforme de la loi sur l'immigration qui auraient permis la régularisation des 12 millions de sans-papiers actuellement établis aux Etats-Unis. Le ton parfois xénophobe de la campagne a révolté de nombreux électeurs, qui se sentaient Américains avant tout.

«Crédibilité» à revendre

John McCain a pourtant de la «crédibilité» à revendre pour séduire les Latinos, comme le souligne Luis Velez. Il a notamment soutenu les projets de régularisation massive des sans-papiers. Le sénateur n'en est pas moins emprunté à l'heure de s'adresser aux Latinos, comme il l'a démontré chez Lulac. Pas un seul mot en espagnol pour ne pas s'attirer les foudres des conservateurs qui l'attendent au contour. Pas un mot non plus sur la régularisation des sans-papiers, si ce n'est pour dire qu'ils sont aussi «des enfants du Bon Dieu».

Le contraste avec Barack Obama est saisissant. Le démocrate se permet quelques mots en espagnol, promet la régularisation des sans-papiers et laisse miroiter une naturalisation facilitée. Le public s'emballe, scande son nom, l'ovationne. Un accueil enthousiaste qui tend à effacer la thèse du racisme entre Latinos et Afro-Américains, si souvent évoquée pendant les primaires pour justifier le succès de Hillary Clinton chez les Hispaniques.