Lors de leurs rares prises de parole depuis l'ouverture de ce procès historique il y a un mois, les onze accusés présents - trois sont jugés par défaut - ont «condamné» des actes «monstrueux» et assuré n'avoir jamais adhéré à l'idéologie jihadiste.

Lire aussi: «Charlie Hebdo», Hyper Cacher: le procès impossible

Âgés de 30 à 68 ans, déjà condamnés à de multiples reprises mais jamais pour terrorisme, ils sont mis en cause pour leur aide présumée à Saïd et Chérif Kouachi et à Amédy Coulibaly, auteurs des attaques contre Charlie Hebdo, une policière de Montrouge et le magasin Hyper Cacher et tous trois tués dans des assauts des forces de l'ordre. Ces attaques, perpétrées avec des armes de guerre entre le 7 et le 9 janvier 2015, avaient fait 17 morts et semé l'effroi et la consternation.

«Bras droit» présumé

Comment cet arsenal est-il arrivé aux mains des jihadistes? La question, centrale, a été au coeur des auditions d'enquêteurs, qui ont tâché toute la semaine de reconstituer devant la cour le puzzle des circuits d'acheminement des armes, entourés de nombreuses zones d'ombres.

Les investigations suggèrent l'existence de deux filières: l'une lilloise pour les pistolets automatiques et les fusils d'assaut d'Amédy Coulibaly, l'autre belgo-ardennaise pour les armes des frères Kouachi.

Un homme est soupçonné d'avoir joué le rôle d'intermédiaire pour ces deux circuits: Ali Riza Polat, un proche d'Amédy Coulibaly et son «bras droit» présumé, le seul des accusés présents à être jugé pour «complicité» de crimes terroristes, passible de la perpétuité.

Il sera interrogé sur les faits les 22 et 23 octobre, après ses co-accusés, qui encourent pour la plupart vingt ans de réclusion pour «association de malfaiteurs terroriste» criminelle.

Dossier tentaculaire

Avant cela, la cour d'assises interrogera lundi Willy Prevost, une autre fréquentation de Coulibaly à Grigny (Essonne). Il avait été l'un des premiers suspects interpellés dans ce dossier tentaculaire, après la découverte de son ADN dans la Renault utilisée par Coulibaly pour se rendre à l'Hyper Cacher.

Lire aussi: Etre ou ne pas être… Charlie

Pendant l'instruction, il avait reconnu avoir acheté pour Amédy Coulibaly du matériel de sécurité, dont trois gilets tactiques et un taser, et avait mis en cause Ali Riza Polat dans un transport d'armes en août 2014.

Christophe Raumel, qui a aidé Willy Prevost dans l'achat de matériel, sera lui interrogé mardi. Il est le seul des accusés à comparaître libre sous contrôle judiciaire, après l'abandon de la qualification terroriste à son encontre. Il encourt dix ans d'emprisonnement.

ADN révélateur

Puis la cour interrogera les accusés soupçonnés d'avoir transporté ou recherché des armes pour Amédy Coulibaly, dont deux de ses anciens codétenus, Amar Ramdani et Nezar Mickaël Pastor Alwatik, qui figuraient parmi ses contacts «exclusifs» les jours précédant les attaques.

L'ADN de Nezar Mickaël Pastor Alwatik a par ailleurs été mis en évidence sur deux armes découvertes dans le «logement conspiratif» loué par Coulibaly à Gentilly et à l'intérieur d'un gant saisi à l'Hyper Cacher.

Lire aussi: A nouveau attaquée, la France bute toujours sur la complexité du terrorisme islamiste

Amar Ramdani et celui qu'il présente comme son cousin éloigné, Saïd Makhlouf, seront eux interrogés sur six déplacements fin 2014 dans la région lilloise, pour rencontrer un autre accusé, Mohamed Fares, soupçonné d'avoir servi d'intermédiaire avec le réseau de fournitures d'armes lillois.

«Faisceau d'indice»

Quatre accusés, Metin Karasular, Michel Catino, Abdelaziz Abbad et Miguel Martinez, seront interrogés à partir du 16 octobre sur leur rôle présumé dans la recherche et la fourniture d'armes à Amédy Coulibaly et aux frères Kouachi, dans le volet «belgo-ardennais».

Comme leurs co-accusés, ils s'en défendent. Plusieurs déplacements entre la France et la Belgique fin 2014-début 2015 ont été mis au jour par la téléphonie et constituent selon les enquêteurs «un faisceau d'indices», à défaut de traces ADN permettant de les relier aux armes.

A plusieurs reprises, l'avocate d'Ali Riza Polat, Isabelle Coutant-Peyre, rejointe par d'autres avocats de la défense, a souligné le manque de «certitudes» dans le dossier. Le procès doit s'achever le 10 novembre.