«Je n’ai jamais eu l’intention de protéger Gu, je n’ai pas cherché à falsifier les rapports d’autopsie» de la victime, a affirmé Bo Xilai dans des déclarations diffusées par le tribunal de Jinan où il comparaît depuis jeudi.

Malgré l’apparente transparence des débats contradictoires, les autorités contrôlent étroitement ce procès sensible qui s’achèvera, de l’avis général des experts, par l’annonce d’un verdict déjà décidé par la direction communiste.

Confronté à son ex-bras droit

Bo Xilai a été confronté samedi à son ancien bras droit, le chef policier Wang Lijun. Une audition surprise qui a encore renforcé l’intérêt des millions de Chinois qui se passionnent pour ce procès.

Neil Heywood, longtemps proche du couple, avait été empoisonné en novembre 2011 à Chongqing, la métropole géante que Bo Xilai dirigeait alors.

Selon l’accusé, Wang Lijun est venu le voir le 28 janvier de l’année suivante. «Il m’a parlé de la mort de Neil Heywood et m’a dit que certaines personnes affirmaient que Gu Kailai y était liée», a relaté Bo Xilai. «J’en ai parlé à Gu, elle s’est mise dans une colère noire et a accusé Wang Lijun de la calomnier».

Certificat de police

«Elle m’a remis un certificat de la police de Chongqing établissant la mort par crise cardiaque de Neil Heywood après un excès de boisson. «J’ai cru à ce que me disait Gu Kailai, le certificat était convaincant».

Le lendemain, revoyant Wang Lijun, il lui demande de mieux expliquer ses accusations. «Wang Lijun semblait très embarrassé, il s’est tu, j’ai perdu mon sang froid (...) je l’ai giflé».

Bo Xilai décide ensuite de suspendre Wang Lijun de son poste. Ce dernier se réfugie le 6 février dans un consulat américain où il révèle l’assassinat de Heywood. Il précipite ainsi la chute spectaculaire de Bo Xilai, qui va créer une onde de choc jusqu’aux plus hautes sphères du Parti communiste.

«Dans cette affaire j’ai fait des erreurs qui ont terni la réputation du Parti et du pays, j’en ai vraiment honte (...) mais cela n’a rien à voir avec le fait d’être coupable», a confié Bo Xilai.

Détournement de fonds

Peu avant, l’ex-membre du puissant Bureau politique du Parti communiste avait également admis face aux juges des torts dans un détournement de 5 millions de yuans (755’000 francs) d’argent public au profit de son épouse.

«J’estime devoir assumer ma part de responsabilité dans le fait que cet argent soit arrivé sur le compte bancaire de Gu Kailai», a indiqué l’ancien haut responsable.

Ce budget était à l’origine destiné à un projet de construction de la ville de Dalian, dont Bo Xilai était maire. «J’ai honte, j’ai fait preuve de négligence, car il s’agissait d’argent public», a ajouté Bo Xilai, selon une transcription des débats.

Pas «idiot»

Il a cependant fermement démenti»avoir eu l’intention de détourner ces fonds», Wang Zhenggang, responsable du bureau de l’urbanisme de Dalian, avait auparavant indiqué au tribunal avoir entendu Bo téléphoner à Gu pour lui demander de prendre livraison de l’argent.

«Est-ce qu’on m’imagine évoquant ce genre de sujet sensible au téléphone? (...) Même les cadres corrompus les plus stupides ne le feraient pas», a répliqué Bo Xilai.

Il est, par ailleurs, accusé d’avoir reçu de deux hommes d’affaires l’équivalent de 2,67 millions d’euros en pots-de-vin - dont une luxueuse villa en France -, charges qu’il a vivement rejetées.

Transparence inédite

Les autorités font preuve d’une transparence inédite dans ce procès. Personne ne s’attendait à ce que Bo Xilai se voit offrir une telle liberté (de parole) pour contrer les accusations à son encontre», admet Nicholas Bequelin, spécialiste du système judiciaire chinois à Human Rights Watch..

Mais l’effort de communication est à relativiser par le fait que la presse étrangère n’a pas accès à la salle d’audience. «Il ne s’agit pas d’une vraie justice, tout est joué comme dans un spectacle», commente Nicholas Bequelin. L’audience se poursuit dimanche.