Plusieurs opposants biélorusses sont jugés à huis clos depuis ce jeudi 24 juin dans une prison du sud-est du pays, notamment Sergueï Tikhanovski dont l’épouse Svetlana Tikhanovskaïa est devenue la figure de la contestation contre le régime. Ce dernier, un blogueur devenu populaire grâce à ces vidéos dénonçant la corruption et le président Alexandre Loukachenko qu’il comparait à un «cafard», comptait se présenter à l’élection présidentielle d’août quand il avait été arrêté en mai 2020. 

Jusqu’à 15 ans de prison

D’autres candidats d’opposition avaient été arrêtés avant le vote mais Alexandre Loukachenko avait laissé Svetlana Tikhanovskaïa, l’épouse du YouTubeur, se présenter en se moquant d’elle. Elle avait alors créé la surprise, s’alliant avec les équipes d’autres candidats et mobilisant des foules jamais vues. La réélection du président avait ensuite déclenché un mouvement de protestation ayant rassemblé des mois durant des dizaines de milliers de gens dans la rue, malgré la répression et l’exil forcé de Svetlana Tikhanovskaïa.

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Jeudi, Sergueï Tikhanovski a commencé à être jugé pour entre autres «préparation de désordre de masse» et «incitation à la haine» dans le centre de détention de Gomel situé dans le sud-est du pays, où il est incarcéré depuis un an en compagnie de cinq autres opposants, dont une figure historique de l’opposition: Mikola Statkevitch.

Le militant pro-démocratie de 42 ans risque jusqu’à 15 ans de prison. Une journaliste d’un média pro-pouvoir a diffusé sur l’application de messagerie Telegram des vidéos de l’arrivée des six hommes à l’audience, les mains menottées dans le dos et installés dans deux salles différentes d’où ils assisteront aux audiences dans une cage. Leurs proches n’ont pas été autorisés à assister aux audiences qui se déroulent en prison. Mikola Statkevitch a crié à son arrivée «Longue vie au Bélarus», le slogan de l’opposition durant les manifestations de l’été et l’automne 2020.

En mars, le Comité d’enquête biélorusse avait indiqué dans un communiqué que Sergueï Tikhanovski et ses associés avaient «manipulé l’opinion publique» sur les réseaux sociaux. Leurs «faux appels» avaient incité des centaines de personnes à l’émeute et à des «violations flagrantes de l’ordre public», selon cet organisme chargé des grandes affaires criminelles.

«Sergueï a été arrêté le 29 mai 2020 […] Tout le monde comprend qu’il ne s’agit pas d’un procès, mais d’une vengeance personnelle de celui qui a pris et conserve le pouvoir avec violence», a déclaré Svetlana Tikhanovskaïa dans un message vidéo, faisant référence à Alexande Loukachenko.

500 prisonniers politiques

Parallèlement, se tient à huis clos ce même jour, à Minsk, une audience pour classer le média indépendant le plus populaire du pays, Tut.by, comme «extrémiste.» Tut.by est bloqué depuis le mois de mai par les autorités et quinze de ses employés sont en prison, accusés de fraudes fiscales.

De plus, le mardi 22 juin, 15 ans de prison ont été requis contre un autre ex-candidat à la présidentielle, Viktor Babaryko, considéré à son arrestation en juin 2020 comme le concurrent le plus sérieux du chef de l'Etat. Cet ancien banquier de 57 ans est accusé d’avoir reçu des pots-de-vin alors qu’il dirigeait Belgazprombank, la filiale biélorusse d’une banque appartenant au géant gazier russe Gazprom.

La répression bat son plein en Biélorussie après le mouvement de protestation historique ayant suivi la réélection d' Alexandre Loukachenko pour un cinquième mandat avec 80% des voix. Une élection dénoncée comme frauduleuse par l’opposition. Quasiment toutes les figures de l’opposition ont été arrêtées ou contraintes à l’exil et des dizaines de journalistes sont emprisonnées, certains condamnés à de lourdes peines de prison. Selon Viasna, une organisation de défense des droits humains basée à Minsk, il y a actuellement 500 prisonniers politiques dans le pays.

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Cette semaine, l’Union européenne, les Etats-Unis et d’autres pays occidentaux ont pris des sanctions visant des dizaines de personnalités et d’entreprises liées au pouvoir, notamment pour le déroutement d’un avion de la compagnie Ryanair qui survolait la Biélorussie le 23 mai afin d’arrêter un dissident et sa compagne.