Faut-il aller vite, le repousser ou le faire durer? Alors que Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, est sur le point de transmettre l’acte d’accusation au Sénat, le début du procès en destitution de Donald Trump est fixé: ce sera le 8 février. Pour les démocrates, l’affaire représente un sacré casse-tête. Ils se trouvent face à un dilemme: comment avancer sans phagocyter le début du mandat de Joe Biden, ni perturber son calendrier, alors que le nouveau président signe des décrets et mémorandums à un rythme effréné et souhaite faire valider rapidement son plan de relance à 1900 milliards de dollars ainsi que les nominations des membres de son cabinet?

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D’intenses discussions ont eu lieu entre Nancy Pelosi et Chuck Schumer, le désormais leader de la majorité démocrate au Sénat, avant de s’arrêter sur la date du 8 février. Quant à Mitch McConnell, le chef de la minorité républicaine au Sénat, il souhaitait même que le procès débute plus tard, «vers la mi-février».

Les voix de 17 républicains

Petit rappel des faits. Après l’attaque du Capitole le 6 janvier, les démocrates de la Chambre des représentants ont lancé une procédure d’impeachment contre Donald Trump pour «incitation à l’insurrection». Cette mise en accusation a été votée le 13 janvier par l’ensemble des démocrates et dix républicains. Elle ne faisait pas l’ombre d’un doute: la Chambre est en mains démocrates, et la décision devait être prise à une majorité simple. Au Sénat par contre, il faudra une décision à deux tiers des voix, et donc l’aide de 17 républicains, pour que Donald Trump soit déclaré coupable. Ce qui ne paraît plus totalement impossible.

Le mot «destitution», d’ailleurs, n’a plus de sens, Donald Trump n’étant plus président depuis le 20 janvier midi. Alors à quoi bon rime le procès? Tout l’enjeu se résume à ceci: si Donald Trump est déclaré coupable, les sénateurs peuvent ensuite voter, à une majorité simple, une clause d’inéligibilité qui l’empêcherait de se présenter pour un nouveau mandat présidentiel en 2024.

Sauf que voilà: certains démocrates sont mal à l’aise et auraient préféré que le procès ne démarre qu’après les 100 jours de Biden, pour que ses premiers pas de président ne soient pas éclipsés par la procédure. Et que le Sénat ne soit pas contraint de remettre certaines décisions importantes, ou confirmations de nominations, à plus tard. Deux semaines entre la lecture des articles d’impeachment et le début du procès suffiront-elles pour régler les dossiers prioritaires? Les regards se tournent vers Mitch McConnell.

C’est finalement lui qui, habile stratège, pourra en quelque sorte décider de la cadence du procès et, si besoin, faire pression sur les démocrates en menaçant de ralentir des dossiers. Sa position reste ambiguë et difficile à déchiffrer. Poids lourd du Parti républicain, il vient de lâcher Donald Trump. Il n’a pas exclu qu’il pourrait voter en faveur de sa destitution. Mais en même temps, il voulait commencer le procès plus tard, pour permettre à l’équipe juridique de Trump de se préparer.

«Complet et équitable»

«La mise en accusation par la Chambre a été plus rapide et minimaliste que jamais, l’étape suivante ne peut pas être un procès insuffisant au Sénat», a-t-il relevé vendredi. Un avertissement pour faire comprendre que le procès risque d’être long et compliqué? Une manière de se donner bonne conscience avant de vraiment oser juger Trump coupable? «Les républicains du Sénat croient fermement que nous avons besoin d’un processus complet et équitable où l’ancien président peut organiser sa défense et où le Sénat peut examiner correctement les questions factuelles, juridiques et constitutionnelles en jeu», a-t-il précisé. Le premier procès en destitution, qui s’est terminé en mars 2020 par un acquittement de Trump, avait duré trois semaines.

Tractations, jeux de pressions, déclarations contradictoires: le chemin est encore long jusqu’au 8 février. Des républicains tentent par ailleurs de tuer le procès dans l’œuf en soulignant qu’une telle procédure n’est pas vraiment compatible avec l’image de «président rassembleur» que veut se donner Joe Biden. Pendant ce temps, l’ancien président passe ses journées à jouer au golf du côté de son club privé de Mar-a-Lago, en Floride. Mais de nouvelles informations mettent en évidence les efforts qu’il a déployés pour contester les résultats de l’élection présidentielle. Selon plusieurs médias, il aurait envisagé de remplacer le ministre de la Justice par un avocat prêt à l’aider à contraindre les autorités de Géorgie à inverser les résultats de l’élection. Trump n’aurait renoncé à son plan que parce que de nombreux hauts fonctionnaires menaçaient de démissionner, assure le New York Times.

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