Les fêtes de fin d’année, puis les tensions avec l’Iran, l’ont un peu éclipsé. Mais voilà que le dossier de la destitution revient en force. Alors que la Chambre des représentants a adopté, le 18 décembre dernier, deux articles de mise en accusation de Donald Trump, pour «abus de pouvoir» et «entrave à la bonne marche du Congrès», la présidente de cette chambre, Nancy Pelosi, ne s’était pas vraiment empressée de les transmettre au Sénat, bloquant ainsi la suite de la procédure. Elle a finalement décidé de franchir le pas cette semaine. Les représentants voteront mercredi, permettant ainsi au procès de démarrer bientôt.

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«Le stigmate de l’impeachment»

Pourquoi Nancy Pelosi a-t-elle pris autant de temps? Convaincue que les preuves sont suffisantes pour destituer le président mais consciente que les chances d’y aboutir sont maigres, la démocrate essayait d’obtenir des garanties pour la tenue d’un procès «impartial». Une manière, aussi, de jouer contre la montre. Car la suite de la procédure est connue. Elle sera très politisée. Le Sénat va désormais mener le procès en destitution. Or il est à majorité républicaine. Pour que Donald Trump soit destitué, il faudrait que 20 sénateurs de son propre camp – la décision sera prise à une majorité de deux tiers des voix – votent contre lui. Hautement improbable.

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Mitch McConnell, le leader républicain du Sénat pour qui la procédure lancée par les démocrates est «la plus précipitée, la moins approfondie et la plus injuste de l’histoire moderne», n’a pas caché son agacement face à l’attitude de Nancy Pelosi. Il veut désormais aller vite. Et auditionner le moins de témoins possible. Ou du moins les sélectionner une fois le procès en cours et pas avant comme l’exigent les démocrates. Voilà les raisons du bras de fer. Le président et Mitch McConnell se sont par ailleurs vus à la Maison-Blanche pour discuter ensemble des modalités du procès qui, rappelons-le, est lié aux pressions exercées par Donald Trump sur son homologue ukrainien pour obtenir une enquête visant le fils de son rival politique Joe Biden.

D’habitude plutôt calme, Nancy Pelosi n’a pas hésité à qualifier Mitch McConnell de «voyou». Quant à Donald Trump, il a beau savoir qu’il ne risque pas grand-chose, il est blessé dans son amour-propre. Et il le prouve sur Twitter. «Pourquoi devrais-je avoir le stigmate de l’impeachement collé à mon nom alors que je n’ai RIEN fait de mal», écrivait-il dimanche. C’est bien sur ce seul point que les démocrates peuvent jouer. S’il ne sera très probablement pas destitué, Donald Trump est le tout premier président des Etats-Unis «impeaché» à briguer une réélection, une «tache» gênante sur son CV.

John Bolton, le suspens

Démocrates et républicains s’adonnent à une guerre psychologique sans limites. Nancy Pelosi a jugé utile de retenir l’acte d’accusation, consciente qu’elle nourrirait toutes sortes de spéculations. Malgré la pression, elle a tenu bon pendant plusieurs semaines, avec comme intention de continuer à jouer au chef d’orchestre. A-t-elle eu raison d’attendre jusqu’à maintenant? Le calendrier n’est pas très favorable aux démocrates. Et plus particulièrement aux sénateurs qui sont dans la course à la présidentielle. Le 3 février, l’Etat de l’Iowa ouvre le bal des caucus et des primaires, et les équipes de campagne sont hyperactives ces jours. Les candidats vont devoir faire un choix: privilégier le terrain ou le procès à Washington. Cory Booker, qui a annoncé lundi qu’il se retirait de la course notamment pour des raisons financières, invoque aussi le procès du Sénat comme une raison de son abandon.

Donald Trump, de son côté, dénonce une «chasse aux sorcières» et une «mascarade». Il a, ces dernières semaines, traité Nancy Pelosi et Adam Schiff, le président de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants, de tous les noms d’oiseaux. Il vient d’accuser les démocrates de complaisance à l’égard du régime iranien, en retweetant une image truquée des deux responsables du parti au Congrès: Nancy Pelosi en tchador et Chuck Schumer en turban.

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Dans cette atmosphère électrique, John Bolton a provoqué quelques poussées d’adrénaline supplémentaires. Le conseiller à la sécurité nationale limogé par Donald Trump s’est récemment dit prêt à témoigner sur l’affaire ukrainienne si le Sénat le convoquait formellement. Nancy Pelosi a immédiatement saisi la balle au bond: si le Sénat ne le fait pas, la Chambre des représentants pourrait tenter de l’auditionner. John Bolton aurait-il des révélations explosives à faire, animé par un esprit de vengeance? Dans ce dossier, rien n’est impossible.

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