La phrase est lâchée pour impressionner. Lorsqu’il explique, en réponse à l’exposé d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) posée par la défense de Penelope Fillon, que le détournement de fonds publics était, dans un lointain passé, passible de la peine de mort, le procureur Aurélien Létocart fait passer un message clair. Pas question de laisser Antonin Lévy, l’avocat de François Fillon, et Pierre Cornut-Gentille, l’avocat de son épouse, présenter le couple de prévenus comme des «victimes» d’une justice désireuse de broyer l’ancien candidat de la droite à la présidentielle d’avril-mai 2017. Logique. Ce registre est celui que la défense a choisi d’emblée, s’étonnant de nouveau de la rapidité avec laquelle le Parquet national financier s’est saisi de l’affaire le 25 janvier 2017 – jour même de la publication de l’article du Canard enchaîné sur les emplois parlementaires présumés fictifs de Penelope Fillon – puis déplorant les fuites répétées de l’instruction dans la presse.

Quelques minutes plus tôt, la présidente du tribunal avait tenu à cadrer les débats. Oui, François Fillon, premier ministre de 2007 à 2012 puis candidat à l’Elysée, est présumé innocent tout comme sa femme (qui comparait sous son nom de jeune fille, Penelope Clarke) et son assistant devenu député-maire (Les Républicains, droite) de son fief de Sablé-sur-Sarthe, Marc Joulaud, son autre employeur. Une précision d’importance, pour un procès prévu jusqu’au 11 mars, dont le succès populaire montre que «l’affaire Fillon» reste bien dans les mémoires. Sur les bancs du public, pleins à craquer? Des habitués du Palais de justice de Paris, des militants de l’ex-parti gaulliste RPR dont François Fillon fut une étoile montante dans les années 1990 jusqu’à échouer au premier tour de la présidentielle avec 20,01% des voix, et des élèves de deux classes amenés là par leurs enseignants.