Turquie

Le procès des journalistes de Cumhuriyet reprend dans une ambiance tendue

La cinquième audience des 17 collaborateurs du journal d'opposition turc s'et déroulée ce lundi à Istambul. Un accusé a été expulsé et le public a hué le juge.

Devant la cour, le journaliste accuse le gouvernement de «traiter comme des terroristes ceux qui ne lui ressemblent pas», et la «justice contrôlée par le pouvoir», de porter des «accusations absurdes». Le public hue le juge quand il ordonne son expulsion: «Ça suffit ! Si vous voulez faire de la politique, devenez député!» Le procès des collaborateurs du journal d'opposition turc Cumhuriyet a repris dans une ambiance tendue, ce lundi 25 décembre à Istanbul.

Au total, 17 dirigeants, journalistes et autres employés actuels ou passés de Cumhuriyet, un quotidien critique du président Recep Tayyip Erdogan, sont jugés pour «activités terroristes». La cinquième audience du procès a été marquée par l'expulsion de l'un des accusés, le célèbre journaliste d'investigation Ahmet Sik, à la demande du président du tribunal Abdurrahman Orkun Dag, qui lui reprochait de se livrer à une «défense politique».

Cette décision a indigné les dizaines de soutiens de Cumhuriyet venus assister au procès : «Vous finirez par être jugés un jour !», «Ahmet sortira de prison, il écrira de nouveau !», ont-ils lancé dans la salle chauffée à blanc, provoquant une suspension d'audience. Le procès cristallise les inquiétudes liées à l'érosion de la liberté de la presse en Turquie. Selon le site spécialisé P24, quelque 170 journalistes sont détenus dans le pays. Il occupe la 155e place sur 180 au classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

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Un an de détention préventive

Le procès a été renvoyé au 9 mars et la prochaine audience se déroulera dans la prison de Silivri. Les 17 collaborateurs de Cumhuriyet risquent jusqu'à 43 ans de prison. Ils sont accusés d'avoir aidé trois groupes considérés comme «terroristes» par Ankara: le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), l'organisation d'extrême gauche Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple, ainsi que le mouvement du prédicateur Fethullah Gulen, désigné par Ankara comme l'instigateur de la tentative de putsch du 15 juillet 2016, et qui nie toute implication.

Ce procès est le symbole des tentatives visant à faire taire la liberté d'expression en Turquie aujourd'hui

Cumhuriyet dénonce une manœuvre qui vise à réduire au silence l'un des derniers journaux indépendants du pays. «Ce procès est le symbole des tentatives visant à faire taire la liberté d'expression en Turquie aujourd'hui», a déclaré une avocate de la défense, Me Gülendam San Karabulutlar. Les quatre accusés principaux restent en détention préventive. Ahmet Sik est écroué depuis 360 jours. Le patron du journal, Akin Atalay, et son rédacteur en chef, Murat Sabuncu, sont incarcérés depuis plus d'un an. Le quatrième prévenu est un comptable, Emre Iper, détenu depuis 263 jours.

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