La police en accusation

Lundi, face au râblé et jovial souteneur Dominique Alderweireld, un policier cité comme témoin est devenu, en quelques minutes, l’un des hommes clés du dossier complexe du Carlton, du nom de cet hôtel lillois autour duquel gravitaient la plupart des prévenus, même si Dominique Strauss-Kahn, lui, affirme n’y avoir jamais mis les pieds. Joël Specque, visage buriné et dégaine de vieux limier habitué à fréquenter les voyous, est un commissaire lillois à la retraite. C’est lui, selon les avocats de la défense, qui aurait – sur ordre? – initié l’enquête et pris des libertés avec la procédure pour faire mettre sur écoutes téléphoniques plusieurs des protagonistes. Joël Specque, cité comme témoin avec un collègue, Loïc Le Capitaine, répond présent lorsque le président du tribunal l’appelle au début du procès. Il reviendra témoigner deux fois. Il a livré, dans ses Mémoires intitulés Un Vrai Flic (Ed. Télémaque), une version qui, selon la défense, accréditerait l’idée d’une manipulation pour faire définitivement tomber DSK, après l’abandon des poursuites aux Etats-Unis, dans l’affaire du Sofitel de New York.

Ecoutes téléphoniques

Vrai? Faux? Les éléments apportés lundi par les conseils de plusieurs prévenus sont en tout cas troublants. Avec, au centre, une question en forme de grenade politique dégoupillée: pourquoi l’ancien premier ministre François Fillon a-t-il signé l’autorisation d’écoutes «administratives» dans une affaire de mœurs, alors qu’elles sont normalement réservées aux affaires de criminalité organisée ou de terrorisme? Autre cible: les deux juges d’instruction qui, après avoir refusé de relaxer DSK comme le proposait le parquet, auraient continué d’arborer dans leurs bureaux une caricature choquante de l’ex-ministre apposée, selon son avocat Me Leclerc, «sur le coffre-fort où était enfermé le dossier». Preuve, selon lui, de leur «évidente partialité».