«Cette fois, ça passe ou ça casse.» C'est avec ces propos que Seán Farren, élu du parti nationaliste modéré de John Hume (SDLP), qualifie la phase dans laquelle se situe le processus de paix. Ce mardi, le vote sur un document important marque le début de la phase la plus intensive du processus de réconciliation.

Le vote des 108 membres de la nouvelle Assemblée lèvera le voile sur le dernier obstacle technique de la mise en œuvre des principaux chapitres de l'accord de paix. Les députés devraient se prononcer, sans débat majeur, sur le document final touchant aux structures du futur gouvernement nord-irlandais. Les partis unionistes et nationalistes devraient approuver à la majorité simple les structures du cabinet ministériel ainsi que le Conseil chargé des institutions transfrontalières, cogérées par Belfast et Dublin. Ce vote, lors duquel le premier ministre unioniste David Trimble pourrait être mis sous une pression considérable au sein de ses propres rangs, est surtout indispensable pour le transfert des pouvoirs de Londres à Belfast, agendé pour le 10 mars prochain.

Pourtant, le vote ouvre surtout la voie au développement d'une crise politique qui menace de torpiller le processus de paix. La question explosive du désarmement des groupes paramilitaires a jusqu'à présent jeté une lourde ombre sur la mise en œuvre du processus de paix. Or, une fois le document final concernant les structures du gouvernement approuvé, il sera impossible de le contourner. Le premier ministre unioniste et dirigeant du principal parti unioniste David Trimble n'a cessé d'affirmer qu'il refuserait de travailler avec des ministres républicains du Sinn Féin tant que son bras armé, l'Armée républicaine irlandaise (IRA), n'aura pas commencé à rendre ses armes.

Les membres du Sinn Féin affirment de leur côté que le désarmement n'est pas une précondition à leur entrée au sein du gouvernement. Ils affirment que la question ne se pose pas tant que l'ensemble de l'accord de paix n'est pas mis en œuvre et

citent le texte de l'accord qui mentionne la date à laquelle l'ensemble du processus de désarmement doit être complété, soit en l'an 2000.

Mis sous pression, le gouvernement britannique a jusqu'à présent gardé un profil bas. Mais le premier ministre travailliste, Tony Blair, a indiqué qu'il s'engagerait personnellement avant la date-butoir du 10 mars pour tenter de trouver un compromis entre les partis.

Alors que le vide politique risque de s'intensifier ces prochaines semaines, une vague de violence sectaire déferle sur la province. Depuis le début de l'année, deux groupes loyalistes dissidents, opposés au processus de paix, ont revendiqué une cinquantaine d'attaques contre des familles catholiques isolées. Les forces de l'ordre ont également indiqué que plusieurs groupes paramilitaires dissidents républicains et loyalistes, déterminés à torpiller le processus de paix, représentaient une «sérieuse menace» en Irlande du Nord, ainsi qu'en Grande-Bretagne.