France

La procréation médicalement assistée, une arme contre Emmanuel Macron

Bien décidée à mobiliser tous les opposants à l’actuel projet de loi bioéthique débattu à l’Assemblée, la droite française voit dans la facilitation du recours à la procréation médicalement assistée la preuve des «dérives sociétales» d’Emmanuel Macron

Ils battaient déjà le pavé en 2012-2013. A l’époque, ces militants du collectif «La Manif pour tous» avaient pris d’assaut les rues de Paris et de plusieurs grandes villes françaises pour protester contre la loi autorisant le mariage homosexuel, définitivement adoptée en juillet 2013. Six ans plus tard, leur colère est intacte. «C’est une société sans valeurs, sans repères qui est en train de voir le jour en France. Un père, une mère, des enfants qui ne sont pas «fabriqués»: voilà ce que nous réclamons. Cela fait-il de nous d’abominables réactionnaires?» interroge Paul, enseignant dans un lycée catholique de Versailles, rencontré lors d’une réunion dans cette ville, présidée par le député européen Les Républicains François Xavier Bellamy, très actif dans ce combat conservateur.

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Paul et l’ex-tête de liste de la droite aux élections européennes (8,5% des voix en mai dernier) marcheront dans la capitale ce dimanche 6 octobre pour protester contre le projet de loi bioéthique examiné depuis le 24 septembre en première lecture à l’Assemblée nationale par une commission spéciale de 72 députés. Avec pour objectif de dénoncer ce qu’ils estiment être la preuve «des dérives sociétales» d’Emmanuel Macron.

A preuve, selon eux, le vote ce jeudi – contre l’avis du gouvernement – d’un amendement automatisant la reconnaissance en France de la filiation d’enfants conçus à l’aide d’une mère porteuse dans un pays étranger où la gestation pour autrui (GPA) est autorisée. «Nous le disons depuis le début: l’extension de la PMA (procréation médicalement assistée) aux lesbiennes et aux femmes seules (prévue par le 1er article du projet de loi, voté le 27 septembre) est la dernière frontière que l’on ouvre aux apprentis sorciers de la condition humaine, répétait encore cette semaine sur les radios François-Xavier Bellamy, entre deux auditions de commissaires européens désignés à Bruxelles. C’est une malédiction.» Le texte partira ensuite au Sénat (contrôlé par l’opposition) en janvier, avant de revenir devant les députés.

La droite «Fillon» rumine sa vengeance

L’enjeu du 6 octobre n’est toutefois pas que bioéthique ou «civilisationnel», pour reprendre les mots de l’archevêque de Rennes Pierre d’Ornellas, porte-parole de l’Eglise catholique sur le sujet. Le 16 septembre, au Collège des Bernardins à Paris, les évêques de France ont confirmé leur opposition au texte en discussion à l’assemblée, sans pour autant appeler à manifester. «Nos parlementaires sont aveugles face aux enjeux. Ils ne mesurent pas la portée de ce qu’ils vont décider. La marchandisation du vivant, celle qu’incarne la GPA, est bien sur la table», s’est alarmé leur président, Mgr Eric de Moulins-Beaufort.

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Mais d’autres forces sont à l’œuvre, politiques celles-là. La droite «Fillon», celle qui n’a toujours pas digéré l’échec de l’ancien premier ministre à la présidentielle de mai 2017 et vit comme un traumatisme son procès annoncé en février 2020 pour «détournements de fonds publics», rumine toujours sa vengeance et voit dans la PMA un bon moyen de resserrer ses rangs, à une semaine du vote des militants des Républicains, les 12 et 13 octobre, pour élire le nouveau patron du parti. «La droite est en mal d’un combat refondateur et une partie des militants croit que celui-ci est le bon», reconnaît l’ancien patron de l’UMP Jean-François Copé, après avoir annoncé qu’il aurait voté ce projet de loi s’il était toujours parlementaire.

«La recherche d’un combat porteur»

Les fractures de la droite ont été illustrées, à l’Assemblée, par la promesse du groupe Les Républicains d’accorder la liberté de vote à ses membres. D’où la nécessité de trouver un plus petit dénominateur commun, en la personne… d’Emmanuel Macron. Alors qu’il avait, en avril 2018, prononcé un discours controversé, salué par les catholiques, promettant de «réparer le lien abîmé entre l’Eglise et l’Etat», le jeune président français de 41 ans est aujourd’hui accusé par ses opposants de droite les plus conservateurs d’être trop sensible aux thèses transhumanistes (qui prétendent améliorer la condition humaine par le recours aux technologies) et d’agir sous pression du «lobby» homosexuel.

Une façon aussi, pour cette partie du camp conservateur, de prendre le pouls des militants et de sa base avant les élections municipales de mars 2020, alors que les flammes du mouvement social des «gilets jaunes» ne sont pas toutes éteintes. «La droite bourgeoise doit exister sur d’autres terrains que l’économie car, là, Macron lui a piqué tous ses arguments, concède un ancien lieutenant de Nicolas Sarkozy. L’opposition à la PMA, c’est aussi la recherche d’un combat porteur pour les années à venir.»

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