Propagande

Le procureur Robert Mueller, cible de choix de la désinformation russe

Un rapport du Sénat met en évidence toutes les plateformes utilisées par des agents russes pour influer sur les élections américaines de 2016 alors que le verdict sur Michael Flynn, ex-conseiller de Trump, doit tomber ce mardi. 

Alors que ce mardi est attendu le verdict du procès de Michael Flynn, ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump accusé d’avoir menti au FBI au sujet de ses rencontres avec l’ambassadeur russe Sergueï Kisliak, l’interférence de la Russie durant la campagne électorale américaine de 2016 et après n’en finit pas de secouer les Etats-Unis. Le Washington Post a mis la main sur la première version d’un rapport destiné au Sénat qui met en lumière l’ampleur des tentatives russes d’influer sur l’issue de la présidentielle qui a porté Donald Trump à la Maison-Blanche. 

Lire aussi: L'étau des affaires se resserre autour de Donald Trump

Parmi les cibles de choix de l’Internet Research Agency (IRA), basée à Saint-Pétersbourg en Russie: le procureur spécial Robert Mueller en charge de l'enquête sur l'implication présumée de la Russie dans la campagne électorale. Dès l'investiture du président Donald Trump, à travers de faux comptes sur Twitter, Facebook et d'autres médias sociaux, des agents de l'IRA ont diffusé de la désinformation en prétendant que le procureur spécial était corrompu et que les accusations d'interférence ne relevaient que de théories du complot.

Lire notre éditorial: La démocratie broyée par la machine à désinformer russe

Un post sur Instagram, relève le quotidien américain, laisse entendre que par le passé, Robert Mueller aurait travaillé pour des «groupes islamistes radicaux». Après avoir aidé Donald Trump à conquérir la Maison-Blanche, l'IRA ferait en sorte de l'y maintenir et de contrer la rhétorique des enquêteurs de l'équipe du procureur spécial.

De fait, l'IRA a recouru à une palette de réseaux sociaux bien plus vaste que prévu. Hormis Facebook, Twitter, Instagram, les agents russes ont recouru abondamment à Google+, Tumblr et Pinterest ainsi qu’aux messageries Yahoo!, Hotmail et Gmail sans oublier YouTube, selon le travail d’enquête mené pour le Congrès par la société d’analyse des réseaux Computational Propaganda Project and Graphika de l’Université d’Oxford. Medium, Vine et Reddit ont aussi servi à la propagande russe.

Lire également: Inculpé, Michael Flynn pourrait mettre Donald Trump en danger

Semer la confusion

Au total, des posts placés sur Instagram entre 2014 et 2017 par des agents russes ont généré 185 millions de likes et 4 millions de commentaires. Sur Facebook, 20 des pages les plus populaires ont généré 39 millions de likes, 31 millions de partages, 5,4 millions de réactions et 3,4 millions de commentaires. L’Internet Research Agency russe a surtout visé des milieux conservateurs en lien avec l’immigration et le droit au port d’armes garanti par le second amendement de la Constitution. Elle a aussi cherché à «saper» la confiance de l’électorat afro-américain, avant tout démocrate, dans le système électoral américain en diffusant des fausses informations sur la manière de voter. Les agents russes créèrent ainsi des comptes comme «Black Matters US» pour semer la confusion auprès de l’électorat noir. YouTube a mis à disposition plus de 1000 vidéos de désinformation, téléchargeables à souhait. Paypal a aidé à lever des fonds et à vendre des articles conçus par des Russes dont des T-shirts disant «Je soutiens les forces de l'ordre américaine». 

Lire encore: La galaxie russe de Donald Trump

D’autres minorités – les latinos, musulmans, chrétiens, homosexuels, anciens combattants – ont aussi été la proie de la propagande, mais de façon plus marginale. «Ce qui est clair, relève le rapport, c’est que les messages transmis cherchaient clairement à profiter au Parti républicain – et spécifiquement à Donald Trump.» Le média Axios en tire déjà les conclusions, titrant l’un de ses récents articles «La Russie a gagné la guerre de la désinformation».

Réseaux sociaux peu réactifs

Les auteurs du rapport soulignent la médiocre réactivité des réseaux sociaux pour mettre un frein aux offensives de l’IRA russe. Le journaliste Craig Timberg, du Washington Post, s’étonne qu’ils aient été incapables d’imaginer une offensive de propagande aussi massive et que la Russie ait été capable d’utiliser les médias sociaux de la Silicon Valley et de les utiliser contre le pays qui les a créés. Le rapport lui-même met en garde les sociétés technologiques qui voyaient dans leurs outils un moyen de libération durant le Printemps arabe et qui, aujourd’hui, fournissent des cyberarmes contre la démocratie.

Plusieurs négligences commises par l’IRA auraient pourtant dû mettre la puce à l’oreille à la Silicon Valley: l’usage du rouble pour acheter des publicités sur les réseaux sociaux, des numéros de téléphone russes et bien sûr des adresses internet basées à Saint-Pétersbourg.

Ce rapport s’ajoute au fait qu’une agente secrète russe, Maria Butina, a plaidé coupable jeudi dernier pour avoir cherché à influencer la scène politique américaine en 2016. A partir de 2015, avant que Donald Trump ne soit le candidat officiel des républicains, elle s’est rapprochée de membres de la National Rifle Association, le puissant lobby des armes, afin de développer son réseau parmi les milieux républicains. Elle transmettait à ce moment des informations sur ces mêmes républicains au Kremlin.

Publicité