Les pro-démocratie sont hors de contrôle

Chine Les leaders appellent au calme et à l’évacuation des rues de Hongkong

Des manifestants continuent toutefois de bloquer la mégalopole

La foule se fait moins nombreuse ce dimanche soir à Admiralty, le quartier du gouvernement de Hong­kong, alors qu’y règne pourtant l’atmosphère la moins étouffante de la semaine. Alex Chow vient de parler, grimpé sur une scène de fortune. Pour le secrétaire général de la fédération des étudiants, une nouvelle étape du mouvement d’occupation de la ville, pour la démocratie, peut commencer. Car, même si beaucoup reste à faire, les discussions avec le gouvernement se préparent, un calendrier pourrait être fixé très prochainement. Des nouvelles qui renforcent les appels émis depuis samedi soir par les leaders du mouvement Occupy Central à lever les barrages, après une semaine complète de paralysie d’une partie de la mégalopole.

Cependant, rien n’est encore fait. Comme à Mong Kok, un des trois quartiers «occupés», situé de l’autre côté de la mer et victime de bagarres dans la nuit de vendredi à samedi. Dimanche midi, Fung tient une pancarte jaune sur laquelle est écrit en anglais «Pour la démocratie à Hongkong». La sexagénaire crie: «Je suis prête à me sacrifier! Je n’ai aucune intention de partir, même si la police vient. Qu’on ne me dise pas ce que je dois faire!» Recroisée le soir à 21 heures, elle réitère sa détermination, alors que l’espace est rempli, mais calme.

A Causeway Bay, le troisième lieu de manifestation, l’ambiance est tout autre. Il ne reste que quelques dizaines de manifestants. Assis en cercle, certains étudiants échangent avec des personnes venues les soutenir. Un étudiant: «Si nous partons, nous aurons tout perdu, ce n’est pas possible!» Un quadragénaire: «Mais non, c’est si vous restez que vous allez perdre le soutien de la population et que vous n’aurez plus ni la force, ni la légitimité de négocier avec le gouvernement.»

Des paroles qui font écho à celle tenues au cours du week-end par Bao Tong. Sur les ondes de Radio Free Asia, le plus haut dignitaire chinois emprisonné pour sa sympathie à l’égard des manifestations de Tiananmen a apporté son soutien aux manifestants, mais les a aussi encouragés à «faire une pause, pour sauver l’avenir. Pour demain.» Pour Bao Tong, «les graines ont déjà été semées [et] il ne sert à rien de continuer à creuser pour voir si elles poussent chaque jour».

Parmi la population, le ras-le-bol se fait toujours plus visible. Comme ce patron de boutique horlogère, à Mong Kok, qui n’en peut plus, malgré son air zen, de voir son magasin «vide en cette Golden Week», semaine de la Fête nationale aussi synonyme de shopping record. Ou encore comme cette bande de retraités à Causeway Bay venus avec leur haut-parleur hurler le point levé sur les étudiants: «Vous détruisez notre économie, vous subirez les sanctions de la Chine.»

La confusion règne aussi à Admiralty. A 18 heures, la rue qui mène au bureau du chef du gouvernement a été libérée, comme ce dernier ne cesse de l’exiger en échange d’un dialogue avec les étudiants. Quelques minutes plus tard, cependant, un autre groupe est venu et s’est de nouveau mis à tenir les barricades. «Nous n’avons aucune confiance en CY Leung [le chef de l’exécutif], donc il n’est pas question de bouger d’un centimètre», a justifié un des manifestants, ne croyant pas au dialogue qui se noue avec les étudiants. Le gouvernement espérait voir son administration et les écoles rouvrir ce lundi, ce ne sera pas le cas.

On peut encore ajouter le trouble provoqué hier après-midi par un homme en colère. Hissé sur l’arche d’un des deux ponts d’Admiralty, il menaçait de sauter si les représentants des étudiants ne venaient pas lui parler. Il s’est finalement rendu quatre heures plus tard alors que la foule s’était persuadée qu’il était un cascadeur recruté par Pékin.

«Le mouvement devient hors de contrôle», résume Timmy. Homme d’affaires chinois installé à Hong­kong depuis trente ans, il possède des usines en Chine continentale. Timmy soutient «l’idée de la démocratie, mais ce mouvement n’a pas de leader». En l’état, il ne lui voit «guère d’avenir dans la rue».

Un dignitaire chinois emprisonné pour sa sympathie avec Tiananmen suggère de «faire une pause»