Les pro-démocratie mobilisés à Hongkong

Chine La réforme pour choisir le chef de l’exécutif en 2017 a été présentée au parlement local

Les députés démocrates promettent d’y mettre leur veto

A l’extérieur, ils ont hurlé. A l’intérieur, ils ont quitté l’hémicycle avec fracas. Mercredi matin, plusieurs centaines de manifestants ont apporté leur soutien aux députés démocrates de Hongkong, qui ont réaffirmé qu’ils feront valoir leur veto à la réforme électorale que le gouvernement leur présentait officiellement. Le camp pan-démocrate refuse ce qu’il qualifie de «farce».

Pour Carrie Lam, il s’agit au contraire d’un texte «historique» et d’une «occasion en or» afin d’instaurer le suffrage universel dans l’ancienne colonie britannique rétrocédée à la Chine il y a dix-huit ans. La numéro deux du gouvernement hongkongais a expliqué que, si le parlement vote le texte, «cinq millions d’électeurs pourront choisir le prochain chef de l’exécutif, en 2017».

Aucun aménagement ou presque n’a cependant été apporté à la réforme préparée par Pékin. Or c’est ce texte qui, l’automne passé, a déclenché les plus grandes manifestations qu’ait connues Hong­kong, bloquant plusieurs grandes artères de la mégalopole pendant septante-neuf jours.

Le projet soumis au parlement (le Legco) prévoit qu’un comité sélectionnera «deux à trois candidats» au poste de chef de l’exécutif. Composé de 1200 membres, ce comité est dominé par les partis ou les groupes d’intérêts favorables aux bonnes relations, en particulier économiques, avec la Chine continentale. Or tout candidat doit en obtenir au moins la moitié des voix pour se présenter devant les électeurs.

Petit parapluie jaune accroché à son sac à dos, Tan fait partie de la poignée de manifestants encore présents devant le Legco hier après-midi. «La Basic Law [la Constitution] prévoit que Hongkong sera dirigée par les Hongkongais. Je veux choisir librement le chef de l’exécutif. Je ne veux pas de cette fausse démocratie que cherche à nous imposer Pékin, qui ne tient pas sa promesse «un pays, deux systèmes», tonne cet étudiant en communication.

Carrie Lam compte cependant sur la population pour faire pression sur les démocrates. Elle estime que «la majorité des électeurs souhaite à présent accepter ce texte» car «ils ont bien compris que Hong­kong n’est pas une entité politique indépendante». Pour mesurer le soutien de la population, les trois grandes universités se sont associées pour lancer, ce jeudi, une enquête d’opinion approfondie.

Les démocrates disposent d’une minorité de blocage au Legco. De nature constitutionnelle, la réforme doit être approuvée, probablement d’ici à juillet, par au moins deux tiers des 70 voix. Or le camp pro-démocratie en compte 27, soit un peu plus du tiers. Il a promis de lancer, dès dimanche, une contre-campagne en faveur d’un véritable suffrage universel.

«Si cette nouvelle enquête d’opinion confirme qu’une majorité de la population soutient le nouveau mode de scrutin, la pression sera très grande sur le camp pan-démocrate», avertit cependant Xiaojun Yan. Pour ce professeur associé de sciences politiques à l’Université de Hongkong, les députés démocrates prennent le risque de se couper de la population alors que les élections législatives sont prévues l’an prochain.

Sur le fond, Hongkong souhaite ajouter la démocratie à son Etat de droit et à ses libertés, dont celle d’expression, qui la distingue de la Chine continentale. Dans ce bras de fer entre deux systèmes politiques, Pékin gagne pourtant à tous les coups, estime Xiaojun Yan. «Si le oui l’emporte finalement, le Parti communiste pourra utiliser Hong­kong comme un laboratoire, et introduire des réformes de ce type dans d’autres provinces, à terme», espère le politologue.

En tout cas, «le non ne pénalisera pas Pékin, assure Xiaojun Yan. Inchangé, le mode de désignation du chef de l’exécutif restera sous son contrôle. Or la priorité du gouvernement central est d’éviter que Hongkong ne devienne un foyer menaçant la sécurité du pays. C’est aussi pour cela qu’il n’y a rien à négocier avec lui, comme le réclament pourtant les pan-démocrates.»

De son côté, Carrie Lam préfère «ne pas trop réfléchir» à l’hypothèse d’un non, et ne craint pas de représailles si les démocrates maintenaient leur veto. Dans les milieux économiques, on n’exclut cependant pas que le gouvernement central prenne quelques mesures, comme le gel de la plateforme commune, attendue cette année, avec la bourse de Shenzhen. Il pourrait aussi ne pas prendre en compte Hongkong pour installer la Banque asiatique d’infrastructure et d’investissement (AIIB) que vient de lancer le président chinois, Xi Jinping. «Ces domaines sont totalement séparés, assure Carrie Lam. Le gouvernement central a toujours soutenu [notre] économie, […] et nous sera très reconnaissant d’introduire le suffrage universel pour l’élection du [prochain] chef du gouvernement.»

Dans ce bras de fer entre deux systèmes politiques, Pékin gagne à tous les coups, estime un politologue