D'après le rapport 2004 de l'ONU sur la lutte contre la drogue, rendu public hier soir à Vienne, une seule drogue a vu sa production diminuer ces dernières années: la cocaïne. Aux côtés d'un opium qui se redresse, d'amphétamines et d'ecstasy stables et d'un cannabis en pleine forme, l'alcaloïde descend à des niveaux jamais vus depuis 1990. Avec 655 tonnes, et malgré une hausse de la consommation en Europe occidentale, la production de cocaïne en Bolivie, au Pérou et en Colombie, où se concentrerait la quasi-totalité des cultures, enregistre une chute d'un tiers depuis un «record» atteint il y a cinq ans.

La Colombie, qui reste le premier producteur mondial, avec 480 tonnes annuelles, est le principal responsable de la diminution. Avec l'aide de Washington, qui finance le Plan Colombie de lutte antidrogue, les aspersions aériennes d'herbicide sur les champs de coca se sont massifiées depuis 2001. Résultat: leur superficie est tombée de 160 000 hectares, en 2000, à 85 000 l'an dernier. «C'est le résultat le plus encourageant de la région», selon des déclarations de Cristina Albertin, directrice en Amérique latine du Programme des Nations unies pour le contrôle international des drogues (Pnucid).

La méthode est pourtant controversée. Nombre d'écologistes soulignent que le pesticide n'affecte pas que les cultures illicites. Lâché par avion, il s'étend à la jungle et aux cours d'eau environnants, aggravant l'effet des engrais chimiques déjà utilisés par les cocaleros. Dans les régions fumigées, des mois après, les arbustes de coca amaigris alternent avec les squelettes d'arbres noircis ou les simples champs de maïs grillés par le pesticide.

La fumigation «est comme une pluie, raconte José, un planteur de coca du sud du pays. Elle s'infiltre jusque dans les maisons.» Des habitants de sa région, le Putumayo, dénoncent la mort de nouveau-nés, atteints de maladies respiratoires après les aspersions. Autre conséquence: nombre de paysans abandonnent leur parcelle aspergée pour échouer dans les bidonvilles, ou replanter plus loin dans la jungle. Dans ces zones isolées, «la coca est le seul négoce rentable», assure José, dans sa maison de planches.

Déplacement vers l'Equateur

Ce jeu de cache-cache multiplie le nombre de fumigations nécessaires, et chaque hectare de coca effectivement disparu coûterait près de 6000 dollars en logistique, selon des observateurs internationaux. «Utilisés différemment, ce serait assez pour transformer les zones de culture en une petite Suisse», a reconnu un haut responsable colombien.

Par ailleurs, l'ONU admet des risques d'extension des cultures dans les pays voisins. La coca colombienne pourrait «se déplacer en Equateur» sous l'effet des fumigations, a affirmé Cristina Albertin. Une mission du Pnucid est prévue dans le pays andin ainsi qu'au Venezuela, deux nations qui ne font pas encore l'objet d'une surveillance satellite de leurs cultures illicites. Or, rappelle un fonctionnaire de l'organisation, «il est dur de croire que les champs de coca s'arrêtent juste à la frontière colombienne».