France

Le profil complexe du tueur de la préfecture

L’enquête a bifurqué vers l’hypothèse d’un acte terroriste, suite aux premiers éléments sur la radicalisation de l’homme qui a poignardé à mort quatre policiers dans les locaux de la préfecture de police

D’abord présenté comme un employé sans histoires, l’auteur de la tuerie de la préfecture de Paris apparaît sous un tout autre jour, suite aux premiers éléments des investigations. Cet informaticien de la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) présentait bel et bien des signes de radicalisation. Le Parquet national antiterroriste a décidé vendredi de reprendre l’enquête.

Lire aussi: Tuerie à Paris: la piste de la radicalisation privilégiée

Une investigation qui s’annonce particulièrement sensible, tant les faits instillent le doute au cœur du système sécuritaire français. Une question revient avec insistance: comment la radicalisation de cet homme a-t-elle pu passer inaperçue au sein d’un service supposé spécialiste de la question?

Lire également: Tuerie à la préfecture de police de Paris: l'auteur avait adopté une «vision radicale de l'islam»

«Vision de l'islam radical» 

Jeudi vers 13 heures, Mickaël H. a tué quatre collègues à l’arme blanche dans les locaux de la DRPP, avant d’être abattu par un garde. Le procureur antiterroriste Jean-François Ricard livrait samedi des éléments sur les moments qui ont précédé l’attaque. Peu avant de passer à l’acte, Mickaël H. a échangé «33 SMS» à connotation religieuse avec son épouse, placée depuis en garde à vue.

Lire encore: Quadruple meurtre à la préfecture de police de Paris: les questions qui dérangent

Suite aux entretiens menés avec son entourage, il apparaît que l’homme «adhérait à une vision de l’islam radical» et qu’il entretenait des contacts avec «plusieurs individus susceptibles d’appartenir à la mouvance islamiste», précise encore le Parquet antiterroriste. Il avait un casier judiciaire vierge, mais avait fait l’objet d’une procédure pour violence conjugale, en 2009.

Lire finalement: A Paris, la police touchée au cœur

Au cours des derniers mois, Mickaël H. avait intensifié sa pratique religieuse et exprimé le souhait de ne plus entretenir «certains contacts» avec les femmes. Il avait aussi modifié ses habitudes vestimentaires, adoptant une tenue traditionnelle pour se rendre à la mosquée.

Converti à l’islam depuis 2009, il fréquentait la mosquée de la Fauconnière, à Gonesse (dans le Val-d’Oise). Selon Le Monde, ce lieu n’était pas considéré comme à risque, malgré la présence d’un imam salafiste controversé: «Aucun réseau n’y était suivi», précise le quotidien français, tout en soulignant que la présence du salafisme en banlieue parisienne s’est banalisée.

Troubles psychiques

D’autres éléments ajoutent de la complexité au profil de Mickaël H., laissant apparaître une fragilité psychique, qui aurait aussi pu jouer un rôle dans son passage à l’acte. Selon les dires de sa femme, l’homme aurait été en proie à des divagations, la nuit précédant l’attaque. Et d’après des témoignages de collègues, il souffrait de frustrations: sourd à 70%, il se plaignait de son manque d’avancement professionnel lié à son handicap.

Ce père de deux enfants était employé depuis plus de quinze ans au sein de la Direction du renseignement et de la préfecture de police de Paris (DRPP). Habilité secret-défense, il avait accès à des données sensibles. Dès lors se pose la question d’un éventuel transfert d’informations à des réseaux djihadistes. Faut-il envisager la thèse d’une infiltration d’une cellule terroriste, qui aurait désormais les contacts d’innombrables cibles policières?

La prudence d'un expert

Jean-Paul Rouiller, du Centre de politique de sécurité de Genève, se montre prudent: «Même s’il est radicalisé, cet individu n’avait pas forcément de connexion directe avec l’Etat islamique. Jusqu’ici, il n’y a aucune réaction, sur les canaux de communication du groupe terroriste, qui permette d’établir un lien, même minimal. Et nous n’avons pas non plus connaissance d’une tentative active de pénétration des services de renseignement de la part de l’Etat islamique.»

Dans le JDD, le premier ministre Edouard Philippe a annoncé le lancement de deux missions destinées à détecter les éventuels cas de radicalisation au sein du DRPP, mais aussi dans l’ensemble des renseignements concernés par la lutte antiterroriste.

«Des failles»

La pression monte sur le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, critiqué pour avoir déclaré, peu après les faits, que le tueur «n’avait jamais présenté de difficulté comportementale». Une partie de la droite et l’extrême droite réclament une enquête parlementaire et la démission du ministre, ce que l’intéressé exclut. «Oui, il y a eu des failles», a déclaré Christophe Castaner sur TF1 dimanche. Mais «aucun signe dans le dossier administratif ne laissait apparaître qu’il était radicalisé».

L’auteur de la tuerie «ne s’est pas caché d’être musulman et converti. Mais ce n’est pas parce qu’on est musulman qu’on est terroriste», ajoute Christophe Castaner. Un incident survenu en 2015 aurait dû toutefois davantage alerter les services concernés. Suite aux attentats à Charlie Hebdo en 2015, Mickaël H. avait dit «comprendre» les tueurs. Ses collègues avaient renoncé à faire un signalement. «Le dysfonctionnement se fait à ce moment-là», estime Christophe Castaner.

Publicité